Intervention de Hélène Geoffroy

Séance en hémicycle du 11 septembre 2012 à 21h30
Création des emplois d'avenir — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaHélène Geoffroy :

Madame la présidente, messieurs les ministres, madame la présidente de la commission des affaires sociales, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, le projet de loi portant création des emplois d'avenir s'inscrit dans un dispositif plus vaste visant à redonner des perspectives aux demandeurs d'emploi de notre pays. Dans nos quartiers les plus populaires comme dans les zones rurales ou en outre-mer, la difficulté de rentrer dans l'emploi pour les plus jeunes, comme celle d'y rester pour les plus âgés, a durablement marqué les dix dernières années. Ainsi s'est installé un sentiment de profonde injustice et nous, élus et acteurs publics, nous n'avons cessé d'entendre, tel un leitmotiv, la phrase : « Mais ces annonces à la télévision, ce n'est jamais pour moi ! » Ma première satisfaction vient du fait que le projet de loi vise en priorité les jeunes les plus en difficulté, ceux des zones urbaines sensibles, mais aussi ceux des zones de revitalisation rurale et de l'outre-mer : c'est un enjeu de notre cohésion nationale.

Depuis dix ans, le nombre de jeunes les moins qualifiés a considérablement crû : ils sont aujourd'hui 500 000 pour lesquels une solution doit être trouvée. Le taux de chômage des jeunes est très élevé dans les zones urbaines sensibles – près de 40 %. Le fonctionnement en réseaux qui existe dans notre pays – le réseau familial, le réseau amical, les réseaux d'anciens élèves, qui constituent autant de véritables vecteurs de l'accès à l'emploi – introduit une différenciation supplémentaire pour les jeunes de quartiers populaires qui ont une qualification moindre, disposent de peu de réseaux et sont confrontés à des discriminations en raison de leur nom ou de leur adresse. Améliorer l'accès à l'emploi et remodeler l'école, tels sont les deux piliers qui donneront des perspectives aux classes modestes et moyennes.

Pendant plusieurs années, j'ai été présidente de mission locale à Vaulx-en-Velin. Au cours des huit dernières années, j'ai également reçu, en tant que conseillère générale, les bénéficiaires du RSA en rupture de suivi par les structures de l'emploi. Rien n'est plus terrible que d'observer des jeunes qui passent de la situation de « décrocheur scolaire » à 16 ans au statut de bénéficiaire du RSA à 25 ans – le phénomène étant plus criant encore pour les jeunes garçons. Entre 16 et 25 ans, il y a souvent eu très peu de mises en situation d'emploi, les jeunes les moins qualifiés ne sont d'ailleurs pas inscrits au Pôle emploi. Quant à l'apprentissage et au contrat de professionnalisation, ils n'ont pas suffi à remplir cet intervalle de temps.

Pourtant, les solutions existent. Lorsque les contrats sont établis dans la durée, lorsque l'accompagnement se fait dans la proximité, nous avons près de 50 % de remise à l'emploi. Les expériences menées dans nos villes au travers des clauses d'insertion, les associations d'insertion par l'activité économique ont montré l'efficacité d'un tutorat fort pour un retour durable à l'emploi. Je me félicite que le projet précise la nécessité d'« un suivi personnalisé professionnel et social du bénéficiaire d'un emploi d'avenir ».

Cet accompagnement global et régulier des jeunes par le service public et par les employeurs, qui permet de traiter les problématiques de santé et d'hébergement, et de mettre en place de la formation, est déterminant pour la réussite de nos projets. Nous savons aussi que les six premiers mois dans un emploi sont déterminants. Nos anciens nous rappellent comment, à leur arrivée à 16 ou 18 ans comme ouvrier dans l'entreprise, ils avaient été entourés par les plus âgés. Les règles de productivité au sein des groupes ont eu raison de ce compagnonnage, et il en a été de même dans le public, avec les syndicats.

Les contrats de génération et les emplois d'avenir sont la réponse moderne à la question de la réussite de l'entrée dans le monde du travail pour notre jeunesse.

Je me félicite encore que la République rétablisse un accès plus juste à l'un des plus beaux métiers, celui de professeur. Il est important que la société permette à de jeunes étudiants issus de milieux modestes de ne plus être freinés par le coût des études. Par-dessus tout, le fait que se mêlent de nouveau l'ensemble des hussards noirs de la République, venus de toutes les histoires de France et de tous les horizons de France est le gage d'une meilleure compréhension entre les uns et les autres. Nous sommes dans la même urgence en matière d'éducation qu'au début du siècle dernier et il y a la même urgence à faire partager l'ambition d'un avenir commun.

Je me félicite enfin de pouvoir dire – lorsque je serai, comme vous, de retour à la fin de la semaine dans ma circonscription, située au coeur des quartiers populaires – à Carmen, Yasmine, Éliane et Noureddine que, certes, nous ne sommes qu'au début du processus, et que, certes, il nous faudra le quinquennat entier pour redresser le pays, mais que cette semaine, quand nous avons voté le projet de loi portant sur la création des emplois d'avenir et lorsque nous avons précisé que, dans les zones les plus éloignées de l'emploi, des niveaux de qualification supérieurs au baccalauréat peuvent être pris en compte à titre exceptionnel, c'est aux Carmen, Yasmine, Éliane et Noureddine de France que nous avons pensé, afin de redonner des perspectives à leurs enfants. Nous pourrons leur dire combien ils avaient raison, lorsqu'ils ont réveillé avec opiniâtreté chaque matin leurs enfants, veillé sur leurs devoirs chaque soir, quand ils leur ont transmis le goût de l'effort à l'école, alors qu'eux-mêmes n'avaient pas fait d'études,…

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