Intervention de Bruno Le Roux

Séance en hémicycle du 28 juin 2016 à 15h00
Égalité et citoyenneté

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaBruno Le Roux :

Aujourd’hui, le brexit bouscule les équilibres et la gestion du temps : il faut aller plus loin et plus vite.

J’en viens à mon premier point : le projet et l’idéal européens se sont abîmés au cours des deux dernières décennies. Ce constat, nous le partageons largement et c’est aussi ce qu’a signifié une grande partie du peuple britannique jeudi dernier. Ils ne s’y retrouvent plus, notamment les plus âgés, celles et ceux qui se sentent délaissés et qui ne vivent pas dans les grands centres urbains dynamiques. Nous savons que cette sociologie de la défiance envers l’Europe n’est pas propre à l’Angleterre.

Dans ce contexte, l’invocation de la paix, des valeurs communes, du cadre démocratique, que nous égrenons machinalement les uns et les autres quand nous parlons de l’Union européenne, ne suffit plus. Pour beaucoup, l’Europe est avant tout tatillonne et suspicieuse, intrusive et peu respectueuse des identités et des spécificités, s’occupant de ce qui ne devrait pas la regarder et délaissant ce qui devrait la concerner au premier chef.

Trop de normes, trop de règles, trop de procédures, trop de détails et pas assez de vision : cette « boulimie réglementaire » – expression que j’emprunte à Hubert Védrine – enserre les citoyens et les acteurs économiques dans une toile technocratique sous laquelle s’érode le sentiment d’appartenance à l’Europe et qui éloigne nos concitoyens. Les peuples attendent de l’Union européenne qu’elle se concentre sur l’essentiel et que le principe de subsidiarité, si souvent évoqué, soit pleinement appliqué.

Le principe de solidarité semble lui-même s’être érodé au fil du temps. La concurrence libre et non faussée, qui s’est imposée comme l’épine dorsale de l’Union européenne, oppose les travailleurs les uns aux autres dans une compétition que nous devons désormais moraliser et freiner. Cela aggrave incontestablement la défiance jusqu’à provoquer parfois de la rancoeur.

C’est un fait, mes chers collègues : le tournant libéral qu’a pris l’Union européenne ces deux dernières décennies en a éloigné les peuples.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Inscription
ou
Connexion