Intervention de Jean-Claude Duplessy

Réunion du jeudi 23 novembre 2017 à 10h00
Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

Jean-Claude Duplessy, président de la CNE2 :

Je vais aborder la question de la réversibilité et du long terme. Le Parlement, dans sa grande sagesse, a voté une loi qui indique que la réversibilité devra être d'au moins cent ans. C'est là notre règle du jeu. La réversibilité est une façon de gérer au mieux le projet, de se donner les moyens de réfléchir, d'ajuster, de continuer, au besoin de revenir en arrière. Cette démarche va durer pendant tout le temps de fonctionnement de Cigéo. Même si nous recommandons de faire des structures d'isolement, celles-ci ne seront jamais irréversibles, même si elles présentent de nombreux avantages, que nous avions exposés dans notre rapport sur le dossier d'options de sûreté. Si l'on décide de les enlever, ce sera possible. La loi a également prévu des revues périodiques de réversibilité. Elle oblige ainsi l'Andra, et peut-être la structure de gouvernance que nous suggérons de mettre en place, à effectuer ces revues tous les cinq à dix ans, voire plus régulièrement, si des problèmes sont découverts. La réversibilité sera donc assurée par une réflexion approfondie, tout au long de la vie de Cigéo, en tant qu'installation industrielle recevant des déchets et les plaçant en profondeur.

Vous avez, M. Loïc Prud'homme, posé une question sur la longue durée de vie de ces éléments. Les scientifiques ont abordé ce problème depuis longtemps, et nous connaissons les durées de vie isotope par isotope. Pour retrouver une radioactivité plus ou moins comparable à la radioactivité naturelle, il faut de l'ordre de quelques centaines de milliers d'années. Bien évidemment, il ne faut pas croire que le conditionnement des colis sera, à ce moment-là, garant de la sûreté. Si nous avons indiqué qu'il fallait s'assurer que le conditionnement des colis soit d'excellente qualité, c'est avant tout pour garantir la sécurité des ouvriers qui vont travailler dans l'installation Cigéo pendant toute la phase d'activité industrielle, des personnels et des populations. Sur le long terme, à l'échelle de millénaires, nous sommes conscients que toutes les réalisations humaines seront détruites, plus ou moins partiellement. La sûreté de Cigéo sera alors assurée par l'argilite du Callovo-Oxfordien. Les déchets seront en effet stockés entre deux couches d'argile, de cent mètres chacune. Nous disposons de calculs, effectués par l'Andra et par des universitaires, qui montrent qu'un isotope, radioactif ou non, déposé au milieu du COx, mettra plusieurs centaines de milliers d'années à arriver jusqu'à un exutoire lui permettant de passer dans les eaux souterraines. Il sera alors extrêmement dilué. La sécurité du stockage sera donc assurée par les propriétés physico-chimiques de l'argile, qui retient les isotopes, radioactifs ou non, pendant plusieurs centaines de milliers d'années.

À titre d'exemple de sûreté géologique, nous connaissons le cas d'un réacteur naturel, qui a fonctionné et s'est arrêté voici quelques milliards d'années, sur le site actuel d'Oklo en Afrique, à une époque où il y avait davantage d'uranium 235, de l'eau et de la végétation. Les métaux ont été naturellement bloqués par le fait que l'on se situait en profondeur, dans un milieu réducteur, sans oxygène. On les a retrouvés tout à fait par hasard, dans la mine d'uranium d'Oklo. Cet exemple montre qu'un stockage géologique de déchets nucléaires, bloqués dans un milieu géologique profond sans oxygène, est susceptible de rester en place pendant un milliard d'années.

Pour nous, Cigéo est un ensemble stable, et qui le restera grâce à la présence de l'argilite du Callovo-Oxfordien.

Je terminerai en répondant à la question relative à la possibilité d'un stockage en subsurface. Nous avons longuement réfléchi à ce problème et sommes arrivés à la conclusion que ce n'était absolument pas à recommander. Ce stockage concerne en effet des périodes très longues. Or, nous savons que l'érosion, calculée par l'Andra et les géologues, est telle, que si l'on place des produits à vie longue en subsurface, alors ils vont nécessairement arriver en surface un jour ou l'autre, à des temps relativement brefs.

Le deuxième danger identifié relativement à un stockage en subsurface, qui a fait que la première CNE a indiqué en 2006 qu'elle ne recommandait pas un entreposage de très longue durée, est que nous avons beaucoup plus confiance dans la stabilité de la géologie du bassin de Paris, qui est avérée depuis plus de cent millions d'années, que dans celle des populations et des sociétés. Nous ne pouvons absolument pas exclure des problèmes de population. On assure beaucoup plus difficilement la sécurité d'installations très peu profondes, que de sites profonds. Si, de surcroît, on se dirige, à un horizon que je ne peux évaluer, vers la fin d'une industrie nucléaire, au profit de la production d'énergies renouvelables, alors on ne saura plus traiter ces déchets dangereux qui arriveraient subitement en surface, et deviendraient accessibles. La sûreté que nous pouvons garantir par Cigéo est, de ce point de vue, très supérieure à tout ce qui peut être fait dans des installations de subsurface ou d'entreposage, parfaitement jouables, sans doute, sur des temps séculaires, mais qui deviennent dangereuses lorsque l'on sort d'un cadre industriel.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Cette législature étant désormais achevée, les commentaires sont désactivés.
Vous pouvez commenter les travaux des nouveaux députés sur le NosDéputés.fr de la législature en cours.