Intervention de Philippe Gomès

Séance en hémicycle du vendredi 4 février 2022 à 15h00
Lutte contre la pollution plastique — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaPhilippe Gomès :

Les plastiques jetables, à usage unique, les suremballages détruisent nos paysages et notre biodiversité, du microplastique jusqu'au supercontinent de déchets, dans presque tous les océans, que nous avons beaucoup évoqué. C'est pourquoi le groupe UDI et indépendants avait cosigné la proposition de résolution du député Philippe Bolo relative à l'engagement de la France pour le renforcement d'une action internationale de lutte contre la pollution plastique.

La priorité absolue doit être la réduction du volume global de nos déchets, en particulier plastiques, puis, dans un second temps, le réemploi et l'amélioration du tri. Malgré toutes les alternatives proposées ou en cours de développement relatives à la production de plastiques végétaux ou biodégradables, le meilleur déchet est celui qu'on ne produit pas. Le triptyque de l'économie circulaire, c'est réduire, réutiliser et, enfin, recycler. Lors de l'examen de la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à une économie circulaire, nous avions défendu de nombreuses propositions dont certaines furent adoptées, notamment l'interdiction des emballages plastiques pour les journaux et pour les magazines. Grâce à une initiative transpartisane, nous avons voté l'interdiction de mise sur le marché de produits contenant intentionnellement du microplastique.

En Nouvelle-Calédonie, nous sommes, bien entendu – tout comme ma collègue Maina Sage de Polynésie française –, particulièrement sensibles à ces sujets, auxquels nous sommes confrontés quotidiennement, la mer constituant notre environnement. C'est une mer nourricière ; c'est une mer où nous nous rendons en famille ; c'est une mer qui nous habite toute l'année ; c'est une mer qui fait partie de l'identité de nos pays. Dès 2019, en Nouvelle-Calédonie, nous avons adopté une loi bannissant l'utilisation des plastiques à usage unique, désormais en vigueur, à l'instar de celle adoptée un peu plus tard par le Parlement de la République.

Au-delà de notre identité liée à la mer et aux océans, nous sommes également sensibles à cette question car nous touchons du doigt la réalité du monde, c'est-à-dire une pollution marine multipliée par dix depuis 1980. La Nouvelle-Calédonie présente la particularité d'avoir des récifs coralliens, écosystèmes inscrits au patrimoine mondial de l'humanité. Avec les récifs australiens, qui sont en moins bon état sanitaire, ce sont les seuls récifs coralliens à avoir bénéficié de cette reconnaissance. Chacun le sait, ils abritent une biodiversité exceptionnelle puisqu'un tiers des espèces marines connues y trouvent nourriture et refuge. Leur ennemi, c'est le plastique, qui les rend malades. Aujourd'hui, 11,1 milliards de morceaux de plastique sont coincés dans les récifs coralliens dans la région Asie-Pacifique qui, à elle seule, concentre un tiers des récifs coralliens de la planète. La densité de morceaux de plastique par 100 mètres carrés de récifs varie de un en Australie à vingt-cinq en Indonésie.

D'après une étude rendue il y a deux ans, à partir du moment où un morceau de plastique touche un récif corallien, on considère que les maladies du récif s'aggravent de 89 %. Le plastique provoque la dégénérescence des tissus et des animaux. Ces récifs étant des oasis de biodiversité, c'est notre biodiversité qui est lourdement et immanquablement touchée à un niveau qu'on imagine peu ou qu'on ne peut concevoir, quand bien même on en parle souvent.

En 2019, une étude scientifique a démontré la présence de microparticules de plastique dans 100 % des échantillons d'espèces collectés par des chercheurs dans la fosse des Mariannes, à 11 000 mètres de profondeur. Ainsi, non seulement il existe un continent marin de déchets plastiques, mais à 11 000 mètres de profondeur, les animaux marins sont empoisonnés par le plastique.

Pour toutes ces raisons, nous saluons la démarche engagée. Elle vise à accélérer le rythme, selon des modalités qui, nous le constatons, ont été contestées. Toutefois, elle nous semble inappropriée pour deux raisons majeures. En premier lieu, la disposition visant à limiter l'interdiction des plastiques à ceux produits à partir du pétrole est discutable. En effet, nous ne disposons pas d'étude d'impact évaluant l'ensemble des effets que pourrait avoir cette interdiction ciblée. En second lieu, d'autres mesures ne nous semblent pas non plus pertinentes, telle la création d'une énième agence dédiée au plastique, mission que plusieurs organismes assument déjà.

En conclusion, le groupe UDI-I tient à remercier le groupe Libertés et territoires d'avoir inscrit ce sujet à l'ordre du jour, et ainsi permis d'en débattre. Nous devons en effet faire prendre conscience aux populations qu'une action plus volontariste est nécessaire, afin d'interdire le plastique au plus vite.

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