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Intervention de Hervé Martin

Réunion du jeudi 24 janvier 2019 à 11h00
Mission d'information relative aux freins à la transition énergétique

Hervé Martin, conseiller départemental du Maine-et-Loire, membre de la commission environnement et cadre de vie :

Je suis conseiller départemental de Maine-et-Loire et agriculteur : c'est à ce titre que je voudrais témoigner et apporter ma contribution à cette table ronde.

Je suis agriculteur dans la petite région des Mauges, très orientée vers l'élevage, avec des structures souvent familiales, assez modestes. On aurait pu croire que la méthanisation était le bon outil pour ce territoire, permettant d'envisager une diversification des productions, d'améliorer la gestion des effluents, qui peut être un problème dans les exploitations de faible dimension, et d'accompagner la transition énergétique.

Je souhaiterais toutefois mettre l'accent sur trois difficultés d'ordre général auxquelles nous nous sommes trouvés confrontés. La première réside dans la vulnérabilité des conditions financières des entreprises agricoles, auxquelles il est demandé de disposer de capitaux propres parfois bien au-delà de ce qu'elles sont en mesure d'investir.

Le deuxième point concerne la vision sociétale relativement à l'élevage. Nous pourrions ainsi avoir des doutes quant à la manière dont il sera possible d'approvisionner demain nos méthaniseurs, dans la mesure où l'élevage n'a pas actuellement le vent en poupe. Les agriculteurs ont ainsi plutôt tendance aujourd'hui à délaisser l'élevage, à la faveur par exemple de productions céréalières ou maraîchères.

Le dernier point que je souhaite souligner est celui de l'implication et du temps nécessaires pour monter ce genre d'outil, dans un monde agricole déjà soumis à un temps de travail important.

D'une manière plus précise, on s'aperçoit aujourd'hui, lorsqu'il est question de rentabilité et de financement de ces outils, que l'investissement évolue très peu. Ainsi, l'investissement peut être divisé en trois parts égales : un tiers autour de la voirie et réseaux divers (VRD), un tiers relatif au gros oeuvre et un dernier tiers consacré au process, le seul quasiment à pouvoir éventuellement évoluer. En l'occurrence, les banques nous demandent globalement entre 20 % et 30 % de capitaux propres. Or lorsque l'enveloppe de subvention est stable et que les projets deviennent de plus en plus nombreux, le pourcentage d'aide par projet diminue mécaniquement. On est ainsi passé de 35 % à 20 % ou 25 % et je crains fort que l'on se situe plutôt, pour les prochains projets, aux alentours de 10 % à 15 %. Cela montre clairement le delta nécessaire pour abonder le capital propre demandé par les banques.

En matière de rentabilité, il apparaît par ailleurs un manque de 5 % à 10 % pour assumer à la fois le développement, l'exploitation et le retour des digestats sur les exploitations. Cela représente une difficulté financière assez importante pour parvenir à rentabiliser réellement ces outils et à trouver un profit dans la nouvelle production.

La deuxième difficulté réside dans la réglementation. Il me semble tout d'abord important de mettre en exergue un point relatif à l'agriculture biologique, pour laquelle il n'existe pas aujourd'hui de certitude quant à la réintégration des digestats dans les exploitations, pourtant indispensable pour l'équilibre des sols, notamment en termes de fertilisation. Je souhaiterais également soulever la question de l'hygiénisation : aujourd'hui, la réglementation n'est pas très précise dans ce domaine. Si toutefois l'évolution allait en ce sens, alors nous serions obligés de porter nos digestats à 70 degrés pour parvenir à les hygiéniser, ce qui représenterait inévitablement une charge supplémentaire.

Le troisième élément que je souhaite aborder est celui de la technique. Les technologies en matière de mobilité, qu'il s'agisse des bus, des voitures ou des tracteurs, ne sont pas suffisamment développées aujourd'hui pour pouvoir consommer en direct cette nouvelle énergie.

Voici les quelques points dont je souhaitais témoigner. Nous avons vécu deux échecs sur notre territoire et sommes actuellement en train de repartir, mais avec à chaque fois une diminution du nombre d'agriculteurs impliqués, dans la mesure où, comme on le comprend aisément, les échecs ne suscitent guère l'enthousiasme.

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