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Intervention de Jean Riondel

Réunion du jeudi 21 mars 2019 à 9h30
Mission d'information relative aux freins à la transition énergétique

Jean Riondel, président et directeur technique de la start-up Minigreenpower :

Monsieur le président, monsieur le rapporteur, mesdames les députées, merci de donner à notre start-up provinciale, installée à Hyères, dans le Var, l'occasion de présenter devant la représentation nationale les difficultés que nous rencontrons au jour le jour.

Cela fait vingt-cinq ans que j'évolue dans le secteur de l'énergie et dans l'entreprenariat. Les vingt premières années, j'ai contribué, en tant qu'expert international, au lancement des plus grosses cogénérations du monde à base de turbines à gaz, principalement pour des clients américains ou anglo-saxons, le plus souvent dans des pays en guerre comme l'Iran, le Nigéria, l'Angola, l'Algérie et Israël.

Il y a cinq ans, j'ai créé à Hyères, avec mon associé, la start-up Minigreenpower. Nous sommes aujourd'hui trente et venons de recevoir le premier prix de l'excellence opérationnelle décerné par le Mouvement des entreprises de France (MEDEF) dans la catégorie PME, qui compte quatre millions de sociétés.

Dès 2013, mon intuition était que l'énergie de demain serait faite en circuit court, avec des petites unités locales, entièrement automatisées, commandées à distance et à base d'énergie renouvelable. Aujourd'hui, c'est devenu une certitude.

En France, on n'a pas de pétrole mais on a de l'or vert. Nous avons inventé et breveté des mini-centrales vertes carbone zéro qui produisent de la chaleur, de l'électricité à partir de résidus végétaux de mauvaise qualité et de déchets de bois locaux. Nous couplons GreenTech et numérique au service de l'environnement, nous fournissons une solution d'énergie propre et rentable aux industriels et aux collectivités locales. Notre technologie est unique au monde. Nous l'avons mise au point grâce au big data.

Nous jouons sur les deux leviers de la transition énergétique : les déchets et l'énergie. En France, nous disposons de 6 millions de tonnes de déchets verts par an, peu ou pas valorisés, et de 10 millions de tonnes de bois de classe B qui partent principalement à l'étranger, faute de valorisation en France. Avec ces résidus, nous pourrions chauffer 4 millions de foyers et créer 4 000 emplois pérennes sur le territoire. Malheureusement nous subissons des freins importants, d'ordre réglementaire, administratif et financier.

Pour ce qui est des freins réglementaires, l'application de la réglementation est plus dure qu'ailleurs en Europe. Nous avons une centrale qui tourne depuis deux ans en Italie, une autre en Angleterre. Nous commençons à réaliser des tests sur des plastiques et des ordures ménagères dans ces pays. Rien de cela n'est possible en France, aucune centrale ne fonctionne industriellement. Concernant la valorisation des déchets, la majorité du bois de classe B produit en France est exportée vers la Belgique, l'Allemagne, la Suède, l'Italie et l'Espagne pour produire de l'énergie, parce que la réglementation y est plus simple.

En ce qui concerne les freins administratifs, le fonds chaleur a été augmenté pour faciliter le développement de la chaleur verte. Malheureusement, il est inaccessible aux nouvelles technologies, même éprouvées. Il faut plusieurs années avant d'être qualifié alors que nos centrales fonctionnent déjà en Europe. À ce jour, nous n'avons perçu aucune aide du fonds chaleur. Les cogénérations produisent 80 % de chaleur et 20 % d'électricité. Les subventions aujourd'hui octroyées sont très insuffisantes pour les petits projets, alors qu'il faudrait attribuer la majorité de ces aides aux petits projets qui, par définition, font appel à des circuits courts. D'autres filières comme la méthanisation sont bien plus subventionnées, alors que la filière bois-énergie à laquelle nous appartenons est plus mature et plus rentable.

Autre frein administratif, la commande publique. En Allemagne, en Espagne et dans les pays voisins, les commandes publiques aident à lancer les nouvelles technologies. Ce n'est pas le cas de la France. Les décrets sur les projets d'innovation qui ne seraient pas soumis à appel d'offres ne paraissent pas. Ce serait pourtant la solution. Par ailleurs, nous avons difficilement accès aux subventions européennes. Pourquoi les start-up italiennes, espagnoles, allemandes obtiennent-elles beaucoup de subventions, alors que les start-up françaises en ont très peu par rapport à ces pays-là ?

À cela s'ajoutent des freins financiers importants. Les financements sont très insuffisants pour une start-up qui produit des infrastructures de l'énergie. Nous sommes dans la même cour que ceux qui font du numérique, des jeux vidéo ou des robots pour alimenter les chiens. Les financements publics sont très faibles au regard des enjeux. Les financements privés, comme le capital-risque, sont très insuffisants lorsqu'on est entre la preuve de concept et le décollage commercial. Depuis quatre ans, nous sommes scotchés dans cette « vallée de la mort », c'est-à-dire incapables de décoller faute financements adéquats, alors que notre technologie est reconnue dans le monde entier.

Les banques françaises ne nous aident pas non plus. Aujourd'hui, nous avons 600 000 euros de créances d'État sûres. Pourtant, aucune grande banque n'a accepté de nous consentir un prêt de trois à quatre mois, garanti à 100 % par des créances d'État, qui nous permettrait de payer les salaires dans les semaines à venir. Nous avons besoin d'un engagement des services de l'État pour créer de l'emploi, de l'énergie, de la richesse.

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