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Intervention de Emmanuel Maquet

Séance en hémicycle du jeudi 11 juillet 2019 à 9h30
Débat d'orientation des finances publiques pour 2020

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaEmmanuel Maquet :

« La France vit au-dessus de ses moyens », disait déjà le Premier ministre en 1976. Cette formule, énoncée à une époque où la dette atteignait à peine 20 % du PIB, est toujours d'actualité quarante-trois ans plus tard. Elle prend même un sens plus fort à l'heure où notre dette, sous votre responsabilité, approche les 100 % du PIB. Certains irresponsables estiment que ce résultat ne serait pas si grave en comparaison des États-Unis, qui ont déjà dépassé ce taux, ou du Japon, où la dette atteint 250 % de son PIB.

Rappelons les deux raisons pour lesquelles il convient de réduire l'endettement, au-delà de la menace d'une crise économique ou d'une hausse des taux. La première raison est que l'endettement crée une illusion politique qui cache aux citoyens le véritable coût de leur niveau de vie. En les habituant à des prestations qui ne sont pas financées, on met le doigt dans une mécanique électoraliste qui empêche tout retour en arrière et polarise contre l'État toutes les frustrations.

L'État-providence est une magnifique idée, une idée gaulliste basée sur la solidarité et la bonne gestion, mais il n'aurait pas dû devenir, hélas, un engrenage produisant de la dépense publique. Il serait dramatique de dévoyer une belle idée en la réduisant à cette pratique. « Mal nommer les choses, c'est ajouter du malheur au monde », disait Albert Camus.

La deuxième raison est que l'endettement bafoue la démocratie, car il permet de financer le niveau de vie de nos concitoyens avec l'argent de nos enfants, qui n'ont pu encore s'exprimer par le suffrage. Nous créons ainsi les conditions d'un conflit des générations en profitant d'un modèle social avantageux dont la facture sera laissée à la génération suivante. Le Président de la République lui-même ne s'y est pas trompé en déclarant que « La dette, c'est de l'impôt au carré. »

Mes chers collègues, il devient urgent de prendre un virage franc qui n'a pas encore été suffisamment amorcé. L'année dernière, M. le rapporteur général déclarait que le moment n'était pas encore venu de prendre une décision. Quand déciderez-vous ?

Les objectifs pour 2022 ont été drastiquement baissés. Vous prévoyez d'augmenter la dette publique de quasiment 0,5 % par an jusqu'en 2022, contre 0,325 % par an prévu en 2017.

De même, vous aviez prévu dans la loi de programmation des finances publiques pour 2017 de clôturer le quinquennat par une dépense publique ramenée à 50,9 % et une dette à 91,4 % du PIB. Après seulement deux ans de mandat, ces objectifs sont revus à 52,1 % de dépense publique et 97 % de dette. Si nous poursuivons à ce rythme, autant noter tout de suite qu'en 2022, le niveau des dépenses n'aura pas changé et que notre dette aura dépassé les 100 %.

Le contexte politique et social explique que vous souhaitiez temporiser. Dans ce cas, il vous reste la solution de lever les freins à la croissance. En l'espèce, vos efforts sont notoirement insuffisants. Vos mesures pour fluidifier le marché du travail, favoriser l'apprentissage et flécher l'épargne vers l'investissement productif vont dans le bon sens mais nous aurions plutôt besoin d'un big-bang fiscal et social. Or vous laissez de côté des sujets essentiels, comme l'augmentation du volume de travail ou la réduction des emplois publics.

Nous proposons de faire confiance aux territoires en renforçant leur autonomie fiscale et réglementaire. Les collectivités territoriales ont prouvé qu'elles étaient dignes de confiance en gérant de manière plus vertueuse les deniers publics que l'État. Nous suggérons par ailleurs de réduire la complexité des démarches administratives, qui paralysent les Français dans leur vie quotidienne comme tous les créateurs de richesses, de l'agriculteur au grand chef d'entreprise en passant par le professionnel libéral. À cet égard, on ne peut que le constater, la loi pour un État au service d'une société de confiance n'a pas eu d'effet décisif.

Enfin, nous recommandons de réduire le périmètre de l'État. Depuis le début de cette année, nous avons créé près d'une agence par mois – après le Haut Conseil pour le climat, ce fut au tour, ce mois-ci, de l'Observatoire de la haine en ligne. Multipliera-t-on encore longtemps ces agences chargées d'écrire des rapports dans tous les domaines possibles et imaginables ? L'État n'est pas la solution à ces problèmes.

Vous trouverez toujours sur nos bancs des députés prêts à soutenir des réformes menées pour le bien des Français. « Je crois en l'homme plus qu'en l'État ». Nos concitoyens détiennent les clefs de leur propre réussite. Ce pays réunit toutes les forces nécessaires pour gagner. Il vous appartient de les laisser reprendre leur destin en main, de leur faire confiance. En un mot, c'est à vous de ramener l'État à sa juste place pour que la société retrouve toute son énergie.

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