Intervention de Edouard Philippe

Séance en hémicycle du jeudi 19 mars 2020 à 9h00
Questions au gouvernement — Mesures sanitaires pour lutter contre l'épidémie de covid-19

Edouard Philippe, Premier ministre :

Monsieur le président Abad, je voudrais m'inscrire dans l'esprit de votre intervention, de votre appel à l'unité nationale et au sens des responsabilités, alors que nous sommes confrontés à une crise sanitaire d'une ampleur inégalée dont tout indique que ses conséquences seront économiques, financières et sociales. Quelles que soient nos responsabilités et nos convictions – qui peuvent diverger – , nous devons nous rassembler autour d'une idée simple : il faut faire primer l'intérêt général, l'intérêt supérieur du pays, et assurer le service de nos concitoyens.

Vous invitez le Gouvernement et toutes les autorités administratives et politiques à s'astreindre à un exercice, un effort, une discipline de responsabilité, de vérité et de transparence. J'adhère à cette logique. C'est ce qui conduit le directeur général de la santé et le ministre des solidarités et de la santé à s'exprimer tous les jours depuis le début de la crise sanitaire pour faire le point sur l'évolution de la situation sanitaire, le nombre de malades et de décès.

C'est aussi pour cela que nous avons décidé de compléter le dispositif. La cellule interministérielle de crise est gérée au ministère des solidarités et de la santé, chargé de piloter toute la réponse sanitaire. En complément de cette task force, la cellule interministérielle de crise sera activée au ministère de l'intérieur pour assurer la communication concernant tous les aspects non sanitaires. Comme vous le souhaitez, une communication y sera réalisée tous les soirs, au moment même où intervient le directeur général de la santé : le directeur général de la sécurité civile pourra s'exprimer sur les remontées des préfectures, sur la situation sur le terrain concernant tous les aspects non sanitaires à prendre en compte dans la gestion de la crise.

J'en viens à la mobilisation de l'ensemble de notre système de soins, que vous aviez évidemment à l'esprit même si vous avez insisté sur l'hôpital. Si les personnels hospitaliers sont en première ligne, le système libéral – la médecine de ville et de campagne – est directement concerné. Tout notre système de santé est mobilisé, suivant une stratégie présentée de façon très simple et très claire par le ministre des solidarités et de la santé. Nous essayons d'aplatir au maximum la courbe pour que le pic épidémique ne soit jamais trop supérieur à notre capacité totale de traitement des cas les plus sévères de cette maladie.

Pour ce faire, nous avons d'abord augmenté la capacité d'accueil des cas les plus sévères : équipement de nouveaux lits ; transformation de lits pour un usage de réanimation ou de soins intensifs ; déprogrammation d'opérations qui pouvaient entraîner des soins intensifs ou de réanimation.

À présent, nous commençons à déplacer les malades qui se trouvent dans des zones très sollicitées vers des territoires où il reste des places disponibles, en respectant évidemment les conditions de sûreté. C'est ainsi que nous avons utilisé les forces armées pour transférer à Toulon des malades hospitalisés dans la région Grand Est.

S'agissant des masques, j'aurai certainement l'occasion d'y revenir en réponse à d'autres questions. Je peux d'ores et déjà vous répondre que notre objectif est de faire en sorte que cette ressource rare soit bien utilisée, ce qui n'est pas facile, en fixant une doctrine et en veillant à ce que chacun la respecte. Nous cherchons aussi à garantir les sources d'approvisionnement – nationales et internationales – de ces masques. Pendant très longtemps, nous nous sommes reposés sur des approvisionnements venant principalement de Chine, un pays qui a utilisé une bonne part de sa production récente pour ses propres besoins. À cet égard, il y aura des choses à corriger. Nous sommes en train de garantir la distribution de masques dans les officines, les hôpitaux, et les EHPAD – le ministre des solidarités et de la santé pourra y revenir.

Sans entrer dans les détails, je peux vous dire que la mobilisation est complète. La difficulté est considérable car le nombre de cas sévères est important. Dans plus de 80 % des cas, le Covid-19 se déclare sous des formes désagréables mais bénignes. Ce qui est préoccupant, c'est le nombre de cas sévères – environ 10 % du total – qui nécessitent une hospitalisation, voire une réanimation. C'est pourquoi nous devons le dire, le redire et le répéter : les mesures de confinement et les gestes barrières sont les éléments les plus efficaces pour ralentir la circulation du virus et ainsi limiter le nombre de cas sévères.

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