Intervention de Josette Manin

Séance en hémicycle du lundi 26 octobre 2020 à 9h00
Projet de loi de finances pour 2021 — Recherche et enseignement supérieur

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJosette Manin :

La mission « Recherche et enseignement supérieur » est désormais, avec une enveloppe de 24 milliards d'euros, le troisième budget de l'État. Ainsi, les chantiers prioritaires de l'enseignement supérieur et la mise en oeuvre du projet de loi de programmation de la recherche bénéficieront d'une augmentation de 600 millions d'euros pour 2021.

Nous avons noté l'abondement des programmes 150 et 231, à hauteur de 237 millions d'euros, destinés au plan « étudiants » et devant permettre d'accroître les capacités d'accueil dans les filières en tension. Notons également, outre le plan de relance, la mise en place du dispositif « un jeune, une solution », pour un montant de 60 millions d'euros.

Toutefois, dans le contexte de crise sanitaire, ce projet budget reste insuffisant pour atteindre les objectifs affichés, sachant qu'on dénombre plus de 16 300 étudiants supplémentaires dans le cycle de l'enseignement supérieur et que les universités ont besoin de moyens matériels, immobiliers et financiers pour s'adapter aux règles sanitaires et protéger l'ensemble des étudiants et des personnels.

La précarité étudiante a fortement été amplifiée par la crise : 74 % des jeunes de 18 à 25 ans déclarent avoir rencontré d'énormes difficultés au cours de ces derniers mois, dont plus d'un tiers qui ont dû renoncer à se faire soigner avec le confinement, tandis que d'autres sont passés à côté d'une première embauche. Notons également la sur-mobilisation des personnels et des chercheurs pour répondre à l'urgence sanitaire, tandis que, dans le même temps, on aménage leur précarité et l'affaiblissement de la recherche publique. Nous n'avons pourtant cessé de réclamer, ces trois dernières années, le renforcement des moyens de l'enseignement supérieur.

Plus récemment, en commission des finances, nous avons mis en avant la nécessité d'étendre l'abaissement du prix du repas universitaire à 1 euro à tous les étudiants et non pas de la réserver aux boursiers, qui ne représentent que 40 % d'entre eux, mais réponse nous a été faite que l'État n'en n'avait pas les moyens.

Nous avons également plaidé pour la revalorisation des aides directes – mobilité Parcoursup, aide à la mobilité en master ou encore aide aux apprenants de la Grande École du numérique – , ainsi que pour l'augmentation des aides indirectes aux étudiants et pour la construction ou l'aménagement de logements supplémentaires à hauteur de 4 millions d'euros.

Nous avons insisté sur la nécessité de financer les dépenses de fonctionnement et d'intervention des activités associatives, culturelles, sportives et des cordées de la réussite autrement que par les seules contributions des étudiants.

Nous devons malheureusement réitérer nos doléances au sujet de la recherche. Ce texte n'augmente que faiblement les moyens de l'enseignement supérieur et, même si l'effort porte principalement sur la recherche, celle-ci reste au bord du décrochage – nous vous renvoyons aux avis du CESE, le Conseil économique, social et environnemental, et du CNESER, le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Malgré les ambitions proclamées par le Gouvernement, les moyens accordés restent trop modestes par rapport au retard de notre pays en matière de financement de la recherche – moins de 1 % du PIB pour les dix prochaines années – et compte tenu de l'érosion constante des effectifs depuis dix ans, les salaires de nos chercheurs étant de 30 % inférieurs à la moyenne de l'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économiques. À cela s'ajoute le déclin du poids de nos publications scientifiques internationales.

Nous vous alertons une nouvelle fois. Ce sont 1,315 milliard d'euros supplémentaires chaque année durant sept ans qu'il faudrait pour financer la recherche, soit presque l'équivalent des augmentations des crédits de l'ensemble de la mission durant ces trois dernières années.

Là encore nous préconisons la priorisation des financements de base plutôt que des financements par projets, sachant que de nombreux programmes de recherche ont vu fondre leurs crédits industriels, et nous recommandons d'accompagner les unités de recherche participant à l'expérimentation du dispositif « tous chercheurs » à hauteur de 1,6 million d'euros.

Nous souhaitons enfin la création d'un plan budgétaire de 50 millions d'euros pour compenser le glissement vieillesse technicité, ainsi que la hausse des crédits alloués aux opérateurs de la recherche pour mettre un terme à l'érosion de leur masse salariale.

Ce budget est marqué du signe de l'incertitude et de la précarité, ce qui ne nous permet pas de le soutenir.

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