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Intervention de Christian Lévêque

Réunion du 23 novembre 2016 à 9h45
Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire

Christian Lévêque, hydrobiologiste, directeur de recherche émérite à l'IRD :

J'ai cru comprendre que certains d'entre vous considéraient que nous privilégiions le statu quo plutôt que l'action : il s'agit sans doute d'une mauvaise interprétation de ce que nous avons voulu dire.

La continuité écologique est l'un des éléments de la gestion des cours d'eau, mais ce n'est pas le seul. Vous parliez d'inondations : il y a selon moi un rapport étroit entre la gestion d'un cours d'eau et les inondations.

Nous avons beaucoup traité de la dimension longitudinale du cours d'eau, et très peu de sa dimension latérale, alors que c'est avant tout dans cette dernière qu'il fonctionne avec ses annexes. La restauration de ces annexes fluviales et de la connectivité constitue l'un des grands principes de la restauration des cours d'eau. Cette relation avec les bras morts ou les étangs est essentielle, car ces éléments permettent à la vie de se développer aussi bien dans le milieu courant que dans le milieu stagnant. Les poissons ont souvent besoin que les deux fonctionnalités cohabitent.

En tant que naturaliste et écologue, je considère que la vie est liée à des habitats. Ils conditionnent en conséquence l'existence d'une diversité biologique. Il ne faut pas penser que tous les obstacles sont mauvais ; c'est faux. La continuité écologique ne concerne que quelques espèces, certes emblématiques, mais la plupart d'entre elles n'en ont rien à faire. Les insectes volent, ils n'ont pas besoin de continuité écologique, et de nombreuses espèces se font transporter par de très nombreux moyens, y compris par d'autres animaux comme les oiseaux. L'écologie n'est pas statique, mais, bien au contraire, extrêmement dynamique. Une question se pose alors : pouvons-nous fonder une politique sur quelques espèces emblématiques ? Il faut bien réfléchir à ce que sont nos priorités. Faut-il faire revenir le loup dans tous les territoires ?

La diversité biologique française n'est pas « naturelle » au sens strict du terme : de tout temps, elle a été aménagée pour répondre à des usages. Les cours d'eau ont d'abord participé à la richesse de la France en servant à la navigation. Ils ont ensuite été utilisés pour leur force motrice. Les espèces se sont adaptées à ces usages. Notre diversité biologique, je le répète, est un « bricolage » avec des processus spontanés, des espèces qui ont évolué,…

La notion d'espèce invasive mérite par exemple d'être questionnée à l'aune de notre façon de concevoir la diversité biologique : est-elle immuable ou est-elle perpétuellement changeante ? Le monde n'est pas figé, il bouge, il a toujours bougé, et il bougera encore. On parle de systèmes écologiques sur trajectoire : ils ont un futur, qui n'est pas le passé. Il ne faut pas imaginer que l'on retrouvera la situation antérieure, car des changements se sont produits en termes climatiques ou dans les usages, et les milieux ont été modifiés. De plus de nouvelles espèces s'introduisent dans un système écologique et le modifient profondément. Je ne crois pas que les Bretons pensent que la palourde japonaise soit une nuisance : il s'agit d'une espèce introduite qui s'est fortement développée et dont on tire profit.

Il faut sortir de la vision manichéenne selon laquelle l'homme détruit la diversité biologique. Elle nous est inculquée par un certain nombre de mouvements militants. Aujourd'hui, les politiques mondiales, européennes et nationales sont influencées par le fait que ces mouvements militants ont un accès au pouvoir dont ne disposent pas les scientifiques. Ces mouvements sont présents à Bruxelles ou au ministère de l'environnement. Ils dictent la politique à mener alors que les scientifiques sont rarement écoutés car ils ne tiennent pas le même discours.

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