Intervention de Bernard Boucault

Réunion du mercredi 6 novembre 2019 à 15h05
Commission d'enquête chargée de faire la lumière sur les dysfonctionnements ayant conduit aux attaques commises à la préfecture de police de paris le jeudi 3 octobre

Bernard Boucault, préfet de police, préfet de la zone de défense de Paris du 31 mai 2012 au 9 juillet 2015 :

Monsieur Fauvergue, vous et vos collègues avez mentionné l'existence de cooptation et d'amateurisme dans les services de la préfecture de police. Pour ma part, je n'ai jamais employé ces termes.

S'agissant de la cooptation, vous savez comment on intègre l'administration. Cela se fait par voie de concours, sur la base de l'anonymat. L'affectation des personnels se fait de manière très objective, suivie d'ailleurs de près par les syndicats. Je n'ai pas parlé de cooptation dans tel ou tel service.

De la même façon, je n'ai pas parlé d'amateurisme. Je vois bien qu'un signalement n'a pas été effectué. Pourquoi n'a-t-il pas été fait ? Je pense vraiment qu'aujourd'hui nous ne pouvons pas le dire. L'enquête judiciaire qualifiera les faits.

Concernant l'échange d'informations au niveau zonal, vous êtes un expert, monsieur le député, vous avez donc posé les bonnes questions. Vous connaissez l'organisation de la DGSI. La DGSI pilote directement ses services d'information dans la petite comme dans la grande couronne. Il n'existe donc pas de direction régionale de la DGSI. Le pilotage s'effectue au niveau central.

Ces conditions ne sont pas faciles. En l'absence de délégué zonal, le travail quotidien peut se trouver complexifié. C'est pour cela que j'évoquais la possibilité de l'existence d'un délégué zonal du renseignement intérieur, qui pourrait être nommé par la DGSI mais qui pourrait aussi être incarné par le directeur du renseignement de la préfecture de police, qui dispose des deux casquettes du renseignement intérieur et du renseignement territorial. Des solutions simples sont possibles. Mais ces questions n'ont pas été traitées lorsque j'étais en fonction, et je ne suis pas sûr qu'elles l'aient été depuis lors.

En tout cas, l'organisation que j'ai rappelée et qui n'est peut-être pas optimale permet à tout le moins d'avoir des échanges d'informations réguliers et rigoureux entre les deux grands services du renseignement que j'ai cités.

Monsieur le député Poulliat, vous dites que nous avons dépassé le débat relatif à la crise de démence. Je l'ignore. Je n'ai pas d'autres informations que celles que nous pouvons lire dans la presse, et elles ne sont pas nombreuses. Le débat reste, en réalité, ouvert.

Vous avez raison, un référentiel des signaux forts et des signaux faibles est nécessaire. C'est évident. Je pense que nous avions commencé à le constituer lorsque j'étais en fonction. Mais ce travail a été conduit par l'IGPN, et le référentiel n'était pas encore actif lorsque j'étais préfet de police. Aujourd'hui, nous disposons d'un référentiel des signaux forts et des signaux faibles susceptible de servir de base de travail à l'ensemble des niveaux hiérarchiques.

Nous pouvons peut-être encore améliorer les choses. Je l'ignore, ne connaissant pas ce référentiel.

Lorsque je soulignais l'importance de faire de la formation, encore de la formation, toujours de la formation, je n'ignore pas que des formations ont déjà été menées sur la base notamment de ce référentiel et d'autres outils. Mais il faut toucher le plus grand nombre possible, et surtout renouveler ces instruments. Ce référentiel peut effectivement s'enrichir en fonction de l'expérience des services de renseignement. Il ne doit pas être figé, mais s'inscrire au contraire dans une démarche évolutive. Il faut être à l'écoute de tout ce qu'il peut se passer et enrichir ces outils.

C'est pour cette raison d'ailleurs que la formation ne peut être dispensée une fois pour toutes. C'est une formation qui doit être en permanence actualisée et offerte au plus grand nombre de personnels.

Madame la députée Valetta Ardisson, la sensibilisation des personnels à la question de la radicalisation était incluse à mon époque dans le plan Vigipirate – ce plan qui s'avère précieux lorsque des crises surviennent. J'ai retrouvé cette information dans mes notes. Il s'agissait d'une obligation pour l'ensemble des responsables hiérarchiques de la préfecture de police, qui avait été rappelée dans la réunion des directeurs qui se déroulait une fois par mois.

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