Intervention de Éric Coquerel

Réunion du lundi 28 septembre 2020 à 15h00
Commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaÉric Coquerel :

Si je me réjouis de voir Bruno Le Maire rétabli, je crains fort que la France ne sorte pas aussi renforcée qu'il le dit par ce plan de relance et ce PLF.

Nicolas Doze, l'économiste libéral qui intervient dans ce temple du libéralisme qu'est BFM Business, évoquait récemment les bras de fer de lutte des classes et les « effets d'aubaine » que représentent les rachats de boîtes par leurs propres patrons, utilisant l'argent du Gouvernement, soit pour se débarrasser de dettes, soit pour supprimer des postes. Tout cela renvoie aux scandales de sociétés qui préparent des restructurations financières sans lien avec le covid-19, tout en ayant utilisé l'argent de l'État. Je pense notamment à Bridgestone.

Vous continuez coûte que coûte à mener une politique de l'offre. De ce point de vue, vous êtes fidèle à vos idées car, lorsqu'il y a deux ans, nous vous demandions comment les entreprises allaient investir sans contraintes, vous mettiez en avant le bon sens. Je ne vois toujours pas de bon sens dans le court-termisme capitaliste. Nous savons même que le CICE a conduit à 100 000 créations ou du moins non-disparitions d'emplois, pour un coût d'un million d'euros par emploi. Et vous proposez toujours la même mesure, sans aucune condition écologique et sociale.

D'autres solutions existent pourtant, comme de mettre la priorité sur la reconstruction d'une souveraineté sanitaire. L'État ne donnerait alors plus d'argent à Sanofi, qui supprime cette année 600 emplois dans la recherche et développement, et dont les effectifs ont été divisés par deux depuis 2007, tout en touchant les montants du CICE, du crédit d'impôt recherche et maintenant du plan de relance.

Deuxième problème de la politique de l'offre : vous envisagez toujours la relocalisation sous le même aspect des coûts à baisser. Vous ne menez aucune analyse du problème structurel qu'est le libre-échange plus que permis dans le cadre de l'Union européenne et des traités. Vous proposez donc de baisser les impôts de production des entreprises, toujours sans contrepartie – bonjour les conséquences sur les collectivités locales !

On sait pourtant que, sur les 250 milliards d'euros de déficit que la Cour des comptes prévoit d'ici à la fin de 2020, 135 milliards d'euros sont déjà dus à la diminution des recettes. Vous dites avoir baissé ces impôts depuis longtemps et l'assumer – il y a eu 45 milliards d'euros de baisses d'impôts depuis le début du quinquennat. Mais, sur les 22 milliards d'euros que vous attribuez à la baisse d'impôts pour les ménages, on trouve la flat tax, la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), la réforme de l'impôt sur le revenu, autrement dit rien pour les plus modestes.

Et puis, 30 milliards d'euros, c'est très faible. D'ailleurs, je n'en retrouve que 21,9 milliards dans les crédits de la mission Plan de relance. Cela représente un point de PIB, quand la récession s'élève à 10 points de PIB.

Enfin, il est étonnant que vous parliez de budget vert et de transition écologique quand, la même année, vous supprimez 947 emplois du ministère de l'écologie, ce qui fait 3 700 emplois disparus en trois ans. Drôle de manière d'assurer une transition écologique !

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