Intervention de Éric Coquerel

Séance en hémicycle du jeudi 21 décembre 2017 à 9h30
Projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 - projet de loi de finances pour 2018 — Motion de renvoi en commission

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaÉric Coquerel :

… car il a au moins l'honnêteté de la politique qu'il applique.

Il se réclame en effet du théorème de Schmidt, le chancelier allemand qui, voilà quarante-trois ans – cela ne nous rajeunit pas ! – expliquait que les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain.

À la question que nous lui avons souvent posée de savoir pourquoi il pensait que cet argent serait investi non pas dans la spéculation, mais dans l'économie réelle, M. Le Maire nous a répondu que cela relevait du bon sens. Or, chers collègues, pour le système du capitalisme financiarisé, le bon sens n'a pas lieu d'être. Ce système n'a pas de morale. Il n'est ni bon ni mauvais : il produit simplement une politique délétère, dont la seule ligne d'horizon est la rentabilité des placements à la bourse, et non pas l'intérêt général.

Je rappelle à cet égard que le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi – CICE – , instauré par François Hollande, allait déjà dans ce sens. Il aura coûté, au bas mot, et même si les calculs en la matière diffèrent, 100 milliards d'euros en quatre ans pour à peine 100 000 emplois créés ou sauvegardés. Vous avez décidé de le prolonger d'un an et, pis encore, de le transformer par la suite, et de manière définitive, en exonérations, de façon à vous assurer que cet argent manquera encore plus à l'État et qu'il ira, pour rien – car il est non contraint et non fléché – , vers toutes sortes d'entreprises, y compris celles qui, un an ou deux après l'avoir perçu, annoncent des licenciements.

Plus globalement, on connaît les résultats, sur le vieux continent – et en France en particulier – , de la politique de l'offre que vous défendez : si les profits ont effectivement explosé, les investissements ont stagné, voire régressé, et le chômage a grimpé à un niveau historique.

Contrairement à ce que vous dites, toute cette politique n'est pas nouvelle, y compris en France : ce sont ainsi sept points de la valeur ajoutée qui ont été versés au profit des dividendes et au détriment des revenus du travail, et qui coûtent à notre pays environ 150 milliards d'euros par an par rapport à la situation qui prévalait voilà une trentaine d'années.

Le capital, vous l'avez compris, n'est pas malheureux dans notre pays, recordman d'Europe des dividendes. Les entreprises du CAC 40 détiennent elles aussi un record en termes d'explosion des dividendes – qui, je le répète, bénéficie aux très grosses entreprises.

Au fond, comme l'indiquent les chiffres révélés à la fin de la semaine dernière par plusieurs journaux, vous vous livrez à une délétère course à l'échalote qui vise à rejoindre les pays les plus inégaux, avec ce nouvel étalon que vous nous proposez et qui consisterait à considérer – quel progrès civilisationnel ! – qu'il est positif de faire exploser les inégalités entre les plus riches et tout le reste de la population.

La France avait, grâce à son État social, réussi pendant plusieurs années à limiter les dégâts. Votre budget veut limiter les écarts avec nos voisins. Vous avez souhaité augmenter les inégalités, sous-entendant qu'en donnant de l'argent au capital, vous produiriez le bonheur et la richesse pour tout le monde. Or, voilà trente ans que nous assistons à l'exact inverse.

Un spectre hante aujourd'hui l'Europe : celui de l'accumulation maladive des profits, dont M. Gattaz se félicitait ce matin encore sur France Inter. Malheureusement, avec le budget que vous nous proposez, le peuple entier va souffrir.

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