Intervention de Bénédicte Taurine

Séance en hémicycle du jeudi 21 décembre 2017 à 9h30
Projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2018 à 2022 - projet de loi de finances pour 2018 — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaBénédicte Taurine :

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, nous arrivons à la fin de l'année et, si l'on fait un bilan rapide de ces derniers mois, on s'aperçoit que, depuis le début de la législature, le président Macron, son gouvernement et la majorité des députés de La République en marche se sont d'abord attaqués à notre modèle social, avec la casse du code du travail.

Votre projet, c'est plus de pouvoir aux entreprises face à la loi et moins de représentation des salariés. Vous avez aussi facilité les licenciements et supprimé le compte pénibilité : c'est un monde de chômage, de précarité et d'insécurité sociale que vous nous imposez.

Vous vous êtes attaqués aux réfugiés et aux sans-papiers, notamment avec la circulaire de M. le ministre d'État, ministre de l'intérieur du 12 décembre, qui ne fait apparemment pas l'unanimité dans vos rangs. D'un côté, l'État se dédouane de ses responsabilités ; de l'autre, il criminalise les citoyens et les associations qui aident tant bien que mal les demandeurs d'asile et les mineurs isolés qui se trouvent dans des situations d'urgence. Plutôt que de mettre en place des moyens d'accueil dignes, vous avez choisi de cibler les sans-papiers présents dans les centres d'hébergement d'urgence et de favoriser leur placement en rétention afin d'augmenter les capacités d'accueil.

Vous vous êtes attaqués aux collectivités locales, qui doivent toujours et encore réduire leurs frais de fonctionnement. Les communes sont pas épargnées, l'objectif étant de leur couper les vivres afin de les forcer à se regrouper, ce qui, en définitive, éloigne les citoyens de leurs représentants. En fait, c'est une recentralisation du pouvoir qui ne dit pas son nom.

Vous vous êtes attaqués au service public de la santé en faisant des économies massives sur l'assurance maladie. Ce sont l'hôpital public, ses personnels et les patients qui en font les frais. L'hôpital est pourtant le dernier lieu de protection pour les publics fragilisés par la crise.

L'augmentation de 2 euros du forfait hospitalier signifie, pour le commun des mortels, des frais supplémentaires à la charge des patients. Pas pour M. Macron car, dans son nouveau monde, les gens sont couverts par une assurance complémentaire qui prend en charge cette dépense. Ce qu'il ne sait pas, qu'il ne veut pas savoir ou qu'il omet de dire, c'est que, dans le monde réel, tous les gens n'ont pas les moyens de cotiser à une assurance complémentaire. Quant à ceux qui disposent de mutuelles, celles-ci ont déjà annoncé qu'elles devraient augmenter leurs tarifs pour faire face à ce nouveau coût. Au bout du compte, donc, tout le monde paiera.

Il est vrai que, pour les plus riches, la pilule est plus facile à avaler à la fin du mois. En revanche, pour l'un des 2,5 millions de retraités qui auront vu leur CSG augmenter sans pouvoir bénéficier de l'exonération de la taxe d'habitation, pour le fonctionnaire qui a vu le point d'indice gelé depuis plusieurs années ou pour ceux qui ont perdu 5 euros d'APL, ce sera nettement moins facile.

Vous vous êtes attaqués aux associations et aux personnes les plus éloignées du marché du travail en supprimant des contrats aidés. Vous les avez jugés inutiles et inefficaces alors que si vous vous étiez déplacés sur le terrain, si vous aviez écouté les gens, vous auriez constaté que, majoritairement, ces personnes oeuvrant pour l'intérêt général sont nécessaires. De plus, le chiffre de 200 000 emplois aidés a été avancé ; mais il y en avait 310 000 en 2017. Bilan du plan social du président Macron : des milliers d'emplois détruits.

Avec ce projet de loi de finances, vous nous proposez la précarisation des plus démunis, la pressurisation des retraités et des classes populaires, obligés encore une fois de se serrer la ceinture, et la fragilisation du service public, pourtant seul garant de l'intérêt général.

Vous êtes-vous attaqués aux plus riches ? Non, c'est tout l'inverse : votre priorité a été de satisfaire leurs demandes. Vous auriez pu vous dire que, pour vivre dans une société plus égalitaire, plus juste, il fallait réformer un impôt. Tant qu'à réfléchir à la fiscalité, pourquoi ne pas s'attaquer à un impôt socialement injuste, par exemple la TVA ? Comme nous l'avons proposé dans un amendement, avec Clémentine Autain, pourquoi ne pas réduire le taux de TVA à 5 % pour les produits alimentaires et d'hygiène de première nécessité ? Oublions le caviar, qui serait taxé à 33 % puisque c'est un produit de luxe.

Avez-vous pensé à baisser la TVA ? Non, mais vous avez pensé à supprimer l'ISF, au nom de la théorie du ruissellement, selon laquelle les revenus des plus fortunés financeraient l'investissement et l'emploi des gens qui « ne sont rien ». Comment pouvez-vous, élus de la République, croire que le fait, pour les 1 % les plus riches de la population, de ne plus payer d'impôts sur les actions qu'ils possèdent, ou encore sur l'argent qu'ils placent à l'étranger, entraînerait la réduction des inégalités dans notre pays ? Ce projet de loi de finances et votre politique générale sont au service de l'intérêt des plus riches, qui ne représentent qu'une minorité de nos concitoyens.

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