Intervention de Michel Castellani

Séance en hémicycle du vendredi 4 février 2022 à 9h00
Évolution statutaire de la collectivité de corse — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaMichel Castellani :

…qui n'étaient plus que 160 000 en 1962. L'arrivée massive des rapatriés d'Algérie, l'irruption du tourisme, la croissance démographique générale ont depuis bousculé cette communauté. La population est ainsi passée de 160 000 aux 350 000 habitants actuels par le jeu exclusif des mouvements migratoires. La croissance démographique est la plus élevée de toutes les régions métropolitaines. On observera le paradoxe négatif qu'il y a à connaître en même temps une situation sociale désastreuse et une attractivité record. C'est là le résultat du fonctionnement de l'économie résidentielle, laquelle crée certes des situations enviables, mais n'a provoqué de développement économique nulle part dans le monde, et encore moins en Corse. L'île compte aujourd'hui 350 000 habitants, je le répète, dont 200 000 n'y étaient pas encore en l'an 2000. En vingt ans, la population a donc été renouvelée à hauteur de 57 % et le phénomène s'accélère.

On comprend dès lors les redoutables problèmes que pose cette situation en matière non seulement de logements, d'emplois, de formation, d'infrastructures, de santé mais aussi de cohésion d'un corps social en mouvement. Une société n'est pas un agrégat informe d'individus ni la coexistence plus ou moins pacifique de communautés ; elle ne devrait pas non plus être le voisinage de promoteurs fortunés et d'un grand nombre de précaires. Une société devrait se nourrir d'un projet commun, d'une volonté de partager, d'un ensemble de références, de signes sociaux qui, au-delà des différences individuelles, rapprochent les individus.

À la lumière de ces données, on comprend mieux le combat que nous menons pour notre langue, de plus en plus marginalisée, alors qu'elle a été des siècles durant notre moyen exclusif de communication. On comprend notre volonté d'obtenir la compétence d'adaptation réglementaire et législative, pour maîtriser du mieux possible l'évolution des choses et en atténuer les avanies. Et l'on comprend les fondamentaux qui justifient la proposition de loi dont nous débattons aujourd'hui. La spéculation, alimentée par la beauté des sites et l'irruption de prédateurs toujours plus nombreux, pose des problèmes sur lesquels je ne reviendrai pas d'accès au logement, de ravages environnementaux, mais aussi de cohésion sociale.

Là est notre volonté : maintenir une Corse ouverte et fraternelle, accueillante, riche de sa personnalité, qui bâtit chaque jour son destin sans renoncer à elle-même. Je l'ai dit précédemment, chaque parcelle de terre est spécifique et notre engagement peut être celui de bien d'autres régions de France ou d'Europe. Conforter ce difficile combat, ce n'est pas trahir ni affaiblir la France. C'est bien au contraire l'enrichir de la diversité de ses territoires.

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