Intervention de Patrick Mignola

Séance en hémicycle du mardi 6 février 2018 à 15h00
Renforcement du dialogue social — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaPatrick Mignola :

… et donner plus de liberté aux petits et aux agiles, sous la condition d'une responsabilité sociétale assumée. C'est là notre projet alternatif, au service du progrès des hommes, où l'entreprise contribue à la réussite de la communauté nationale et joue tout son rôle dans la société.

Certains crieront à l'utopie. Mais c'est des utopies que sont nées les plus belles conquêtes. Alors pourquoi y renoncer ?

Après tout, nous passons la majeure partie de nos vies à travailler et les entreprises sont les premiers agents économiques. Les entrepreneurs et les salariés sont souvent, et peuvent être plus encore, les acteurs de la lutte contre les inégalités sociales, les fractures territoriales et le risque écologique. C'est même la condition pour que nos discours sur le climat lors des conférences des parties, sur l'égalité entre les femmes et les hommes, sur l'éducation pour tous ou en faveur du co-développement quittent le statut d'intentions.

Reprogrammer tout un logiciel juridique, fiscal et social pour promouvoir l'entreprise responsable, voilà une belle idée pour le siècle qui vient. Il faudra du courage pour réformer l'État, réinventer une fiscalité du carbone et ne plus faire des politiques sociales des chasses gardées.

Il faut réussir cette mue et nous avons, certes modestement mais avec détermination, commencé par moderniser le dialogue social. Maintenant, il faut vite saisir ces nouvelles opportunités. Certaines entreprises l'ont fait et des centaines d'accords sont signés ou en cours de préparation. C'est bien, mais c'est bien trop peu !

Je dis à mes collègues entrepreneurs, notamment aux chefs de petites et moyennes entreprises, et à leurs représentants du personnel qu'il est plus que temps de se mettre au boulot. Le code du travail vous dit : au travail !

De son côté, la représentation nationale – car même une grande ministre du travail aura besoin de nous en la matière – a l'obligation de réussir une révolution de l'apprentissage et de la formation professionnelle, puisque, d'après Pôle emploi, il y a aujourd'hui 200 000 à 330 000 emplois non pourvus.

Pourtant, on ergote sur des enjeux de pouvoir. Les branches et les régions se chamaillent pour savoir qui continuera de diriger le système. Mais savoir qui dirige est secondaire, d'autant que les résultats jusqu'alors devraient ramener chacun à l'humilité. Alors que beaucoup de centres de formation d'apprentis, de lycées professionnels et d'organismes de formation font un boulot formidable sur le terrain, ce qui compte, c'est d'y attirer beaucoup plus de jeunes pour une première chance ou d'adultes pour une seconde. Le temps presse !

Car, de l'entreprise à l'emploi, il y a le carnet de commandes et la liberté d'agir ; mais, du chômage à l'emploi durable, il y a la compétence à acquérir.

Et si notre république réconcilie la liberté et l'égalité par la fraternité, notre économie ne peut accorder liberté d'entreprendre et égalité des chances que par une politique publique qui donne à chacun les compétences requises et les capacités d'agir – les « capabilités », aurait répondu Amartya Sen à John Rawls.

C'est notre engagement : après avoir redonné confiance à l'économie et modernisé le dialogue social, nous devons donner aux Français la possibilité de profiter pleinement de ces nouveaux droits, de ce nouvel environnement.

Nous soutiendrons définitivement ce texte – parce qu'il n'est qu'un début, et pour continuer le combat.

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