Intervention de Alain Lamassoure

Réunion du mercredi 14 février 2018 à 9h45
Commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire

Alain Lamassoure, député européen :

Permettez-moi de commencer par rassurer Valérie Rabault concernant le problème de l'imposition des multinationales, qu'elle a évoqué à juste titre, et la nécessité d'y apporter une solution européenne, car c'est à ce niveau que nous serons efficaces.

D'autre part, nous Français avons été jusqu'à une période récente par tous nos partenaires, sans exception, comme le mauvais élève de la classe – c'est-à-dire de la zone euro. Aujourd'hui encore, la France a un taux de croissance inférieur à la moyenne européenne ; nous nous réjouissons qu'il augmente, mais cette hausse est faible. La France est aussi le pays dont le déficit commercial continue de s'aggraver malgré la reprise de la demande mondiale. Enfin, la France est le pays qui, jusqu'à ces derniers jours, a été incapable d'honorer ses engagements européens, et qui s'est même humilié à trois reprises, sous des gouvernements différents, en demandant le report de la date de mise en conformité de la politique française avec ses engagements européens. Il ne faut pas croire, comme nous le disons complaisamment entre nous, Français, que le problème vient de la rigueur allemande. Les reproches que nous adressent nos amis allemands ne sont rien à côté de ceux que nous font de petits pays qui ont consenti des efforts gigantesques – efforts que nous avons quant à nous toujours différés et qu'il nous faut désormais accepter.

Certes, le débat existe et il n'y a pas de définition scientifique du déficit structurel. Chacun voit bien cependant si un pays est capable de réduire son déficit, en particulier en période de beau temps – car, comme le disait Jakob von Weizsäcker, nous sommes en ce moment sur la Lune mais nous n'y resterons pas longtemps, mieux vaut donc en profiter : c'est maintenant qu'il faut consentir des efforts et faire des réformes. Chacun verra si la dette baisse ou non. Esther de Lange a rappelé que tous les pays qui ont consenti des efforts sont parvenus à baisser leur dette. Plus de la moitié des pays de la zone euro sont désormais sous la barre des 3 % de déficit et enregistrent même un excédent budgétaire et, malgré ou grâce à cela, ont un taux de croissance supérieur à celui de la France.

Je voudrais donc profiter de cette rencontre pour adresser à nos collègues français le message suivant : l'Union européenne a besoin de nouvelles initiatives fortes dans divers domaines. Or, les propos que le président Macron a tenus lors de son discours de la Sorbonne et devant le Conseil européen sont suivis avec un intérêt considérable par nos partenaires. Une fois que l'Allemagne sera en ordre de marche, nous attendons tous une ou plusieurs nouvelles initiatives franco-allemandes fortes afin de relancer la mécanique européenne. Toutefois, la capacité d'entraînement de la France sera proportionnelle à la manière dont ses dirigeants démontreront qu'ils peuvent mettre leur maison en ordre, en réduisant les déficits, la dette mais aussi la dépense publique. Chers collègues français, nous sommes le seul pays européen qui définit une économie budgétaire comme une augmentation moins importante que l'augmentation qui se serait produite en l'absence de quelque mesure que ce soit, alors qu'il doit s'agir d'une baisse de la dépense publique, en volume et en valeur ; autrement, ce n'est pas une réduction de la dépense. C'est sur ce point que nous sommes attendus, et tout se jouera cette année. C'est sur ce sujet que toute la crédibilité du président Macron se jouera ; je suis de ceux qui souhaitent sa réussite.

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