Intervention de Amiral Christophe Prazuck

Réunion du mercredi 14 février 2018 à 9h00
Commission de la défense nationale et des forces armées

Amiral Christophe Prazuck, chef d'état-major de la marine :

Monsieur Marilossian, vous me demandez de distribuer trois bons points et trois mauvais points.

Parmi mes motifs de profonde satisfaction, je placerai la priorité donnée aux ressources humaines dans cette LPM. Il s'agit d'une première, à ma connaissance, et d'une réponse à la menace principale qui pèse sur la marine – menace qui est déjà devenue réalité pour les autres marines européennes. Je citerai aussi le fait que la LPM règle les ruptures temporaires de capacité dont je vous ai parlé ; il s'agit d'un grand motif de satisfaction. Je parlerai enfin de quelque chose qui ne se remarque pas – à la manière des trains qui arrivent à l'heure : alors que les livraisons des grands outils de combat sont toujours étalées par les LPM, pour la première fois, ce n'est pas le cas, les dates prévues sont maintenues.

Je reste vigilant sur d'autres points, et cela conditionne la façon dont je m'organiserai. D'abord, la prolongation du Rubis jusqu'en 2020, que j'ai évoquée précédemment. La LPM cite également les chasseurs de mines « tripartites » dont le remplacement interviendra en fin de cycle. Je vois bien que ces bateaux commencent à vieillir. Je prêterai une attention particulière à leur entretien. Je citerai enfin le SDAM, le drone hélicoptère reporté à 2028. Cela dit, il faut sauter les obstacles les uns après les autres, et je me réjouis que la DGA ait commandé dès aujourd'hui une étude sur l'appontage automatique du drone d'Airbus Helicopters dérivé du Cabri.

Que puis-je souhaiter pour la loi de finances pour 2019 ? Tout simplement, qu'elle soit conforme à la LPM : la LPM, rien que la LPM, toute la LPM !

La marine française se placera-t-elle au même rang parmi les marines mondiales en 2025 ? Cela dépendra aussi des autres marines, en particulier de celle qui occupe la troisième place. Si elle donne un coup de reins… De nombreuses personnes se sont demandé si j'avais eu raison de dire que la marine française était la première marine européenne. Il existe de nombreuses façons d'établir un classement : par le nombre de bateaux, par le nombre de marins, par le tonnage… Je retiens surtout l'extrême variété de compétences de notre marine nationale, du porte-avions à catapulte aux sous-marins, en passant par les forces spéciales et la chasse embarquée ou les hélicoptères de lutte anti-sous-marine. Cette variété de compétences ne se retrouve que dans la marine américaine, mais elle est dix fois supérieure en nombre à la marine française. Je me demande parfois comment nous arrivons à accomplir un tel exploit. Cela signifie, en tout cas, que nous avons des marins hors du commun.

Nous sommes aussi présents sur tous les océans du monde, notamment grâce à nos départements, régions et collectivités d'outre-mer, et à nos partenaires brésiliens, indiens, australiens… Une telle présence dans le monde n'a pas d'équivalent. Nous sommes une marine d'emploi, nous sommes à la mer, et nous sommes sur toutes les mers du monde.

D'autres marines disposeront-elles de cette variété de compétences et de déploiement en 2025 ? Ce pourrait être le cas de la marine chinoise qui lance son deuxième porte-avions et en annonce un troisième, équipé de catapultes électromagnétiques. Elle est présente dans l'océan Indien, en Méditerranée, dans l'océan Atlantique et dans le Pacifique.

La réserve est-elle importante pour la marine ? Soyons clairs : sans réserve, il n'y a plus de marine ; sans réserve, la marine cesse d'exister du jour au lendemain. Dans la marine, la professionnalisation des armées a consisté à remplacer trois appelés par un engagé, un civil et un réserviste. Aujourd'hui, les officiers de permanence à l'état-major de la marine, ceux qui suivent les opérations vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sont tous des réservistes.

Pour ma part, je dois diversifier la réserve afin que l'on y trouve au moins, à parts égales, des anciens marins dont nous devons utiliser la compétence technique après qu'ils ont quitté la marine, et des personnels qui ne sont pas encore marins. Je pense aux jeunes qui sortent des lycées professionnels, aux titulaires de BTS… Nous multiplions les partenariats. Ces jeunes viennent chez nous pour faire leur stage professionnel, nous les accueillons pendant l'été – ils travaillent comme marins dans les sémaphores, sur les bateaux… Toutes les occasions de contact avec la jeunesse sont importantes pour le recrutement, et la réserve est précisément un moyen d'augmenter notre « surface d'adhérence » avec cette population. Elle permet de donner encore plus de poids à nos partenariats avec l'éducation nationale.

La LPM future mise sur trois théâtres d'opérations par rapport aux cinq actuels, ce qui constitue une réduction de nos engagements. Je suis de près avec l'état-major des armées la manière dont les efforts seront ajustés dans les prochaines années.

Nous avons fait construire le Dupuy-de-Lôme aux Pays-Bas. Il s'agit d'un bâtiment aux normes civiles qui n'est pas aussi complexe qu'un bâtiment de combat. La taille et la forme de son petit frère ne posent pas de problème particulier. Ce qui est réellement dimensionnant, c'est sa charge utile. Elle doit être cohérente avec les programmes de charge utile aéroportée. Ce sujet concerne donc davantage la DRM que la marine elle-même. Lorsque nous aurons défini la charge utile, nous fabriquerons le bâtiment adapté.

Les drones sous-marins ont leur place, en particulier en matière de chasse aux mines. Jusqu'à présent, on envoyait les bâtiments dans les champs de mines pour trouver les mines – nous rendions ces bateaux invisibles pour les mines en les fabriquant en fibre de verre et en les démagnétisant. La LPM modifie ce concept : les bâtiments resteront à l'extérieur d'éventuels champs de mines où ils enverront des drones. Les drones de surface mettront à l'eau des drones sous-marins, il y aura donc des drones de drones.

Nous utilisons d'ores et déjà des gliders. Ce sont des sortes de planeurs sous-marins qui peuvent parcourir des centaines de kilomètres en utilisant la seule force d'Archimède. Ils permettent d'observer la colonne d'eau et de faire des mesures utiles en termes d'environnement et d'océanographie. Plusieurs études exploratoires sont menées dans ce domaine avec des projets industriels permettant de se poster devant un port et de servir au renseignement. Tapis au fond de l'eau, ces prototypes peuvent aussi émerger lorsque l'on en a besoin.

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