Intervention de Frédérique Vidal

Réunion du mercredi 19 juillet 2017 à 16h30
Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation :

La réflexion sur la réforme du premier cycle universitaire inclut les études de santé. Des expérimentations sont déjà menées en ce sens, qui suppriment le concours de fin de première année et garantissent aux étudiants la possibilité de continuer leurs études, soit en médecine pour ceux qui le peuvent, soit vers d'autres types de formation. Vous avez raison, il serait plus simple d'ajuster le nombre de médecins formés aux besoins territoriaux. Mais la réalité est plus complexe : si nous débloquons le numerus clausus aujourd'hui, nous ne disposerons de médecins que dans dix ou douze ans. Nous devons donc réfléchir à nos besoins à cette échéance. Il ne s'agit pas d'augmenter le numerus clausus pour répondre à la situation actuelle. Nous menons un travail conjoint avec Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, et les doyens des facultés de médecine. Nous attendons également, pour conclure, les résultats des expérimentations.

La question de l'adéquation des compétences à l'emploi est complexe. Il est important de garder des diplômes nationaux, facteurs de mobilité en France et au sein de l'Union européenne. Pour autant, les entreprises ont des besoins immédiats, et non dans quatre ans, de personnels formés. C'est toute la difficulté de l'articulation entre compétences et emploi. Des progrès ont déjà été réalisés puisque nous sommes passés d'un système d'habilitation – dans lequel l'État autorise la délivrance de diplômes nationaux de manière récurrente tous les quatre ans, après examen du contenu des diplômes – à un système d'accréditation. Cela fait trois ans que plusieurs universités ont intégré ce dispositif. Dans ce nouveau cadre, l'État garantit qu'un site donné peut enseigner telle ou telle discipline car il possède une recherche de haut niveau et des enseignants chercheurs en nombre suffisant. La création rapide de nouvelles formations est ainsi simplifiée.

Nous devons soutenir ces pôles d'ingénierie de formation au sein des universités, afin d'être en mesure de savoir rapidement où peuvent s'ouvrir des formations, en fonction de besoins exprimés. L'enseignement supérieur privé procède déjà de la sorte – on le voit notamment dans le secteur du numérique. Pour autant, il faut être attentif à ce que ces formations, utiles à court terme, ne manquent pas de profondeur et de base, et empêchent la poursuite ultérieure d'études ou l'adaptation au changement. Pour y répondre, les universités s'organisent afin de disposer, d'une part, d'un socle de formation garantissant à l'étudiant d'être rapidement opérationnel dans un emploi, et, d'autre part, de formations plus longues lui permettant de reprendre des études plus riches en contenus. Cela préservera l'adaptabilité, spécificité de l'enseignement supérieur. Il convient de continuer d'apprendre à apprendre, et de ne pas se limiter à apprendre des compétences. Nous soutiendrons les initiatives qui iront dans ce sens, dès lors qu'il ne s'agit pas seulement de produire des compétences instantanées, rapidement obsolètes et inadaptées.

L'adéquation entre emploi et compétences est un sujet hautement interministériel, sur lequel nous devons travailler au plus près des pôles de compétitivité, des filières industrielles et des régions. Nous devons former les jeunes là où se trouve l'emploi et les former par le biais de l'apprentissage, ce qui leur permettra de fréquenter le monde de l'entreprise et de se familiariser avec leur futur métier. Mais si les formations se rapprochent des zones d'emploi, il conviendra de ne pas oublier de créer des logements étudiants, afin que les élèves puissent venir de partout.

Vous connaissez bien le budget de mon ministère, Monsieur Hetzel. Pourtant, c'est méconnaître le système – et je sais que ce n'est pas votre cas – que de faire le lien entre les crédits de réserve de précaution et la rentrée universitaire. Une rentrée ne se prépare pas en deux mois… Dans le cadre de la procédure complexe que nous avons dû mettre en oeuvre pour la prochaine rentrée, tout a été fait pour que les universités disposant de locaux suffisants puissent accueillir plus d'étudiants.

En début d'année 2017, les autorisations d'engagement ont été ouvertes à hauteur de 23,7 milliards d'euros. Sur ce montant, nous disposons de 160 millions d'euros de crédits de paiement non ouverts à ce jour dans aucun établissement d'enseignement supérieur. Cela signifie que personne ne comptait dépenser cet argent. Il ne s'agit pas de cavalerie mais bien d'une réserve de précaution ! Je ne dis pas qu'elle ne sert à rien, car des besoins peuvent voir le jour d'ici à la fin de l'année. Nous pouvons également avoir à répondre à une catastrophe. Si tel était le cas, nous aviserions et trouverions évidemment une solution. Mais nous ne pourrons construire des locaux dans Paris pour accueillir 40 000, ou même 10 000 étudiants supplémentaires d'ici au mois de septembre…

Or le problème est clairement concentré sur Paris cette année. C'est du reste la première fois que la première année commune aux études de santé (PACES) fait l'objet d'un tirage au sort en Île-de-France. Ailleurs sur notre territoire, ce n'est pas nouveau. Cette année, l'Île-de-France connait beaucoup de difficultés. C'est sans doute ce qui explique que l'on en parle autant. En tout cas, ce n'est pas parce que le budget a été réduit que des étudiants se trouvent sans affectation. Ceux qui affirment le contraire connaissent mal le mode de fonctionnement de l'enseignement supérieur.

Monsieur Bournazel, le projet de simplification que j'ai évoqué permettra aux acteurs de construire une gouvernance adaptée, notamment à Saclay. Sur ce site, mais également à Valenciennes ou dans d'autres universités encore, les « boites » proposées n'étaient pas adaptées. Hormis cette problématique de gouvernance, Saclay est loin d'être un échec. Ce constat peut vous surprendre, mais les industries sont là – les dépôts croissants de brevets en témoignent –, les écoles et les laboratoires ont déménagé. Il convient maintenant d'en faire un véritable campus international, disposant d'une vie étudiante et d'écoles travaillant en réseau.

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