Intervention de Jean-Paul Lecoq

Réunion du mardi 18 juillet 2017 à 16h30
Commission des affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Paul Lecoq :

Dans les quartiers du Havre, les jeunes me disent avoir besoin d'un emploi plutôt que de patrouilles de policiers, car l'oisiveté engendre des comportements irrationnels.

En Afrique, c'est la même chose. Des associations de femmes rencontrées à Bamako m'ont expliqué qu'elles demandaient à leur premier fils de partir vers l'Europe car c'est le seul moyen d'assurer la survie de la famille.

La question de l'aide au développement et de la puissance économique se pose donc pour moi avant la question militaire. Je crois même que le sous-développement est une des causes premières du terrorisme.

Or, à aucun moment de votre exposé, néanmoins très riche, vous n'avez exposé la richesse du sol de ces pays, comme l'uranium, abondant dans le Sahel, dont profite Areva. Mais ces pays en profitent-ils ? Comment les accompagner dans leur exploitation pour qu'ils puissent en profiter, en termes d'emplois comme de progression de leur produit intérieur brut ? J'ai eu le sentiment que la première intervention militaire française dans le Sahel visait à protéger les mines. On a mis en effet beaucoup moins de temps à aller dans le Sahel qu'à descendre jusqu'à Bamako, où une crise avait lieu.

Le terrorisme ne doit pas être une excuse pour mettre la main sur l'Afrique et retomber dans la Françafrique.

Je trouve aussi qu'on devrait analyser, et même juger, les décisions politiques et leurs conséquences. Il en va ainsi de la décision d'intervenir en Libye, avec l'argument de l'intervention humanitaire, ce qu'on l'ingérence humanitaire, un concept qu'un ancien ministre des Affaires étrangères avait développé, peut-être avec de bonnes intentions. Quand on en voit les conséquences, par exemple en termes de parachutages d'armes dont on ne sait pas qui va s'en saisir, je me dis qu'on devrait, à l'échelle de l'Union européenne, avoir une forme d'autocontrôle.

J'ai connu la Libye et j'en ai discuté avec les Tunisiens qui rêvaient du niveau de vie de ce pays. Les Maliens rêvaient d'aller y faire leurs études. C'est cela qui fait que nous faisons face aujourd'hui à une déstabilisation.

On a peut-être raison de penser qu'il y a nécessité à intervenir dans certains cas, mais il faut que ces interventions soient ponctuelles et visent simplement à sauver des vies, et on ne doit pas aller jusqu'à tuer des chefs d'État comme on l'a fait avec Saddam Hussein ou Kadhafi. Je n'ai aucune sympathie pour ces deux individus, mais les conséquences de ces interventions appellent une analyse approfondie.

Je plaide donc encore et toujours en faveur de l'accompagnement économique et l'aide au développement. Tous les militants de la paix ou de la solidarité internationale savent que la coopération décentralisée est d'une efficacité redoutable, parce qu'il y a un autocontrôle. Or, cette aide est en diminution, bien qu'il y ait des résultats.

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