Intervention de Frédérique Vidal

Réunion du mardi 4 décembre 2018 à 16h30
Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation :

Je répondrai d'abord à cette question, pour vous dire que nous avons été alertés à ce sujet il y a quelques heures seulement et que Jean-Michel Blanquer s'est saisi du problème, lié à la réforme du baccalauréat. Je n'en sais pas davantage pour l'instant.

Le calendrier fixé pour Parcoursup est le suivant. Entre novembre 2018 et janvier 2019 se déroule une phase d'information et de découverte des formations en vue du choix de l'orientation. À partir du 22 janvier et jusqu'au 3 avril 2019 auront lieu la formulation des voeux et la finalisation des dossiers. Les réponses viendront de mai à juillet. Ces dates seront encore précisées.

Vous avez parlé, monsieur Hetzel, de « sélection par le découragement ». Je vous donnerai des chiffres en me gardant de les interpréter : il y avait eu 200 000 démissions sur APB en 2017, il y en a eu 196 000 sur Parcoursup en 2018 ; je ne pense pas que cela traduise un découragement particulier. Traditionnellement, 25 % des lycéens qui expriment des choix sur les plateformes s'inscrivent ensuite dans des formations qui ne sont pas cataloguées sur les plateformes – mais ce ne sera plus le cas en 2020 – ou changent d'avis. Voilà ce qu'il en est, et le nombre de démissions n'a pas été particulièrement élevé ; elles sont même inférieures de 4 000 à ce qu'elles furent l'année précédente, mais cela ne signifie pas grand-chose.

La rumeur selon laquelle des lycéens auraient été inscrits dans des formations inexistantes relève de ce que l'on appelle désormais de l'infox : en réalité, des étudiants se sont trompés en s'inscrivant et l'ont eux-mêmes reconnu, mais cette fable a beaucoup tourné sur Twitter. Les commissions d'accès à l'enseignement supérieur ont pu assez facilement rectifier les erreurs ainsi commises et permettre aux futurs étudiants concernés de retrouver les formations dans lesquelles ils souhaitaient s'inscrire. Ces épisodes ont touché, en tout, une petite dizaine de lycéens, qui ont confondu une option avec une mention ; c'était insignifiant, mais cela a eu un écho considérable.

Les établissements ont mis en place des parcours personnalisés très divers. Ils vont du tutorat d'étudiants de première année par des étudiants de deuxième et de troisième années – en certains lieux, une étroite coopération avec les centres régionaux des oeuvres universitaires et scolaires (CROUS) a permis de loger dans les mêmes résidences les étudiants tuteurs et les étudiants sous tutorat, lequel se poursuit donc en dehors des heures de cours – jusqu'à la remise à niveau complète, qui fait que les étudiants démarrent parfois leur formation au deuxième semestre, voire pour certains l'année suivante. J'ai rencontré plusieurs étudiants qui bénéficiaient de parcours de ce type, notamment à Chambéry, où des étudiants qui avaient obtenu un baccalauréat professionnel l'année précédente, ravis d'avoir été acceptés dans la filière des sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS), se rendaient compte qu'ils avaient besoin d'une sérieuse remise à niveau dans certaines disciplines académiques et étaient enchantés d'en avoir trouvé la possibilité. Les parcours sont donc extrêmement variables, que les établissements aient élargi des pratiques existantes pour de petites formations ou qu'ils les aient complètement repensées. La mobilisation du programme d'investissements d'avenir (PIA) à hauteur de 325 millions d'euros, en plus de la dotation budgétaire, a très efficacement contribué à penser la réorganisation complète du premier cycle de l'enseignement supérieur dès cette année. Le mouvement s'amplifiera au cours des années à venir.

Plusieurs expérimentations ont été lancées avec les collectivités territoriales, plus précisément avec quatre régions. En Île-de-France, où la demande de filières courtes professionnalisantes est très forte, nous nous attachons à identifier avec la région et la Ville de Paris des locaux disponibles et à créer davantage d'offres de ce type, notamment en IUT. Nous travaillons évidemment avec le monde socio-économique pour déterminer les bassins d'emploi et les types de formations à privilégier pour favoriser, ensuite, l'accès à l'emploi. En Occitanie, nous nous attachons à ouvrir des antennes universitaires dans des villes intermédiaires pour que les étudiants puissent au moins démarrer le premier cycle d'enseignement supérieur sans devoir se rendre dans les grandes métropoles de la région – en tout cas pas en première intention. On sait en effet que bien des jeunes gens choisissent une formation non pas parce qu'ils ont envie de la suivre, mais parce qu'elle est dispensée à côté de chez eux ; nous nous efforçons donc de créer une offre plus variée à proximité. À la région Grand-Est et à la Bretagne, nous avons demandé de déterminer quels sont les bassins d'emploi pour lesquels manquent formations et compétences. Elles ont établi des priorités dans leurs besoins en formation et en compétences et nous avons demandé à des établissements d'enseignement supérieur quelles nouvelles formations ils pouvaient implanter sur ces territoires pour confirmer leur attractivité pour les entreprises qui s'y installent. Sont donc visés des territoires dynamiques ou des territoires dans lesquels on doit anticiper une mutation liée à un changement d'activité économique auquel il faut évidemment préparer les jeunes en les dotant des compétences idoines.

Telles sont les trois formes d'expérimentation que nous avons instaurées. Nous travaillons en concertation avec Jean-Michel Blanquer et Muriel Pénicaud, puisque nous nous efforçons de penser la formation dans sa continuité : pré-baccalauréat, post-baccalauréat, formation professionnelle, formation tout au long de la vie, et aussi reconversion dans les bassins d'emploi où l'on sait qu'elle doit être préparée.

Avec Mme Girardin et en liaison avec les territoires concernés, nous nous attachons à définir comment l'Université des Antilles, comme toutes les universités ultramarines, peut être un centre de rayonnement régional. Le problème en l'espèce tient à la difficulté qu'ont parfois les deux établissements, celui qui est situé en Martinique et celui qui est en Guadeloupe, à travailler ensemble. La cohésion est nécessaire au sein de l'Université des Antilles pour offrir aux étudiants une offre de formation pensée et construite. Je sais la difficulté que cela présente et je rencontre très régulièrement le président de l'Université des Antilles pour travailler avec lui à améliorer la situation. La solution n'est pas, après être passé de l'Université d'Antilles-Guyane à l'Université des Antilles et à l'Université de Guyane, d'en venir à une Université de Martinique et à une Université de Guadeloupe. Je m'efforcerai de définir toutes les solutions d'accompagnement qui permettront d'éviter cela, parce que plus les établissements sont de petite taille et plus l'offre de formation pour les futurs étudiants se réduit. De façon générale, tous les étudiants des territoires ultramarins sont considérés comme résidant dans l'académie où ils souhaitent s'inscrire. Si, donc, l'un d'eux veut s'inscrire à l'université de Bordeaux parce que la formation qu'il vise n'existe pas dans son université, il est considéré comme étudiant résidant à Bordeaux, prioritaire lors des inscriptions, et n'entre pas dans les quotas.

Voilà qui m'amène à la régionalisation pour ce qui concerne l'Île-de-France. La question que vous posez, madame Charrière, anime le débat entre les présidents d'universités de cette région, et j'entends les craintes exprimées par certains d'entre eux de voir les universités de Paris intra-muros attirer les meilleurs étudiants au risque que les universités situées au-delà du périphérique se retrouvent avec les étudiants les moins bons.

Cette image doit être déconstruite, parce que les établissements situés de l'autre côté du périphérique sont d'excellents établissements. Plusieurs d'entre eux l'ont prouvé, qui ont été lauréats de l'action « Nouveaux cursus à l'université » ou des programmes « Initiatives d'excellence » (IDEX) et « Initiatives science-innovation-territoires-économie » (I-SITE). Les universités « hors les murs » doivent se décomplexer et mettre en avant la qualité des formations qu'elles dispensent. Il faut casser la représentation selon laquelle étudier dans une université de Paris intra-muros, c'est mieux que d'étudier dans une université située hors les murs. Cette distinction n'a pas lieu d'être entre des universités d'Île-de-France, dont la qualité est générale et qui, de plus en plus, mettent en avant leur signature et leur excellence. Si l'on traitait l'Île-de-France comme une académie unique, les difficultés d'affectation dans la région, qui trouvent leur source dans la sectorisation, seraient bien moindres. La preuve en est qu'il n'y a pas de tension pour les formations pour lesquelles la région est traitée comme une académie unique, contrairement à ce qui se produit pour certaines filières, pour lesquelles les trois académies de Paris, Créteil et Versailles sont concernées. Idéalement, il faudrait aller vers une académie unique en Île-de-France, mais il faut aussi rassurer les établissements pour qu'ils ne se sentent pas perdants dans cette nouvelle façon de travailler. Il revient aux présidents d'université d'examiner cette question entre eux et je les accompagnerai. C'est aussi la mission que le Premier ministre a confiée au sénateur Laurent Lafon, chargé d'analyser les ressorts de la mobilité territoriale des nouveaux étudiants du premier cycle en Île-de-France en déterminant ce qui est réel, ce qui relève du subjectif et comment on peut améliorer les choses.

Nous avons entendu certains lycéens demander l'élargissement de l'amplitude horaire de l'assistance téléphonique sur Parcoursup et nous y travaillons. La formation des professeurs principaux, des conseillers d'orientation et des psychologues de l'éducation nationale à l'utilisation de la plateforme se met en place progressivement et le bénéfice que les élèves en retireront augmentera à mesure que les professionnels s'approprieront l'outil.

Les heures d'accompagnement à l'orientation sont maintenant inscrites dans le programme de la classe de seconde. Les deux semaines d'orientation ont notamment pour objectif de permettre aux branches professionnelles de venir présenter la réalité des métiers. Un lycéen à qui l'on demande s'il lui plairait d'être chaudronnier imagine mal ce dont il est question ; si des chaudronniers viennent au lycée expliquer leur métier et qu'ils en parlent avec passion, c'est beaucoup mieux que de faire expliquer ce travail par quelqu'un qui n'a de ce métier qu'une connaissance livresque.

Les moyens affectés aux universités permettent de recruter 800 équivalents temps plein (ETP) pendant l'année universitaire 2018-2019 ; l'emploi de ces moyens relève de l'autonomie des établissements. Vous avez raison de dire qu'une reconnaissance particulière doit être donnée à l'engagement pédagogique, à tous les niveaux, et c'est pourquoi nous avons proposé la création d'une prime d'excellence pédagogique comme il existe une prime d'excellence scientifique. Nous doublons les congés pour recherches ou conversions thématiques (CRCT) qui peuvent être attribués à des projets pédagogiques ou bien, après une période pendant laquelle on a consacré plus de temps à la pédagogie, à recréer un sujet de recherche. Cette année, nous avons aussi dégagé 3 millions d'euros destinés à financer une politique indemnitaire spécifique en faveur des personnels « bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux et de santé » (BIATSS) qui ont accompagné la mise en place de la réforme. Tels sont les moyens que le ministère peut allouer aux établissements qui, ensuite, les répartissent en toute autonomie.

Les discussions relatives à l'anonymisation sont en cours. Parce que nous devons faire les choses au mieux, j'ai demandé à des spécialistes de faire des propositions.

Enfin, à propos du genre, quelques chiffres relatifs à la première année de fonctionnement de Parcoursup montrent que plus de candidates que de candidats ont fait des voeux via la plateforme en phase principale ; que les filles sont 6 % de plus que les garçons à avoir reçu des propositions ; que 57 % des candidates contre 53,8 % des candidats ont eu des propositions d'admission en classe préparatoire ; que plus de filles que de garçons ont eu des propositions d'admission dans des filières scientifiques – notamment 67,6 % en mathématiques, pour 63 % chez les garçons. L'écart entre le nombre des garçons et celui des filles dans les filières scientifiques traduit donc, à mon sens, une autre forme d'autocensure. Le nombre de bachelières scientifiques montre que le problème n'est en aucune manière l'incapacité des jeunes femmes à appréhender les sciences, même dures. Il s'agit donc d'une question de choix et nous devons probablement travailler aussi la représentation des métiers auxquels on accède par les filières scientifiques, trop souvent envisagés comme des métiers « masculins ».

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