Intervention de Jacques Percebois

Réunion du jeudi 18 avril 2019 à 17h30
Commission d'enquête sur l'impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables, sur la transparence des financements et sur l'acceptabilité sociale des politiques de transition énergétique

Jacques Percebois :

Je pense que le développement de l'autoconsommation passera par une réforme du tarif d'accès au réseau de transport et, plus encore, au réseau de distribution dans la mesure où 95 % de l'électricité renouvelable est injectée sur ce réseau. Je suis prêt à y revenir pour en discuter.

Il faut aussi envisager de développer le stockage. Il existe deux systèmes principaux, le premier étant la batterie. Il est important que la France développe des batteries. Ce sera même une nécessité dès lors qu'il sera fait appel aux véhicules électriques. En l'occurrence, il faut que l'Europe et la France comprennent bien que l'avenir est probablement au véhicule électrique, lequel passe par une industrie des batteries. Si l'Europe ne met pas en place une industrie des batteries, son industrie automobile sera condamnée, à terme. Pour leur part, les Chinois ont compris qu'il fallait développer à grande échelle le véhicule électrique. Ainsi, parmi les dix premiers producteurs de batteries dans le monde se trouvent sept chinois, deux coréens et un japonais – aucun n'est européen. C'est la raison pour laquelle l'idée d'un « Airbus des batteries » est importante. En tout état de cause, nous sommes très en retard. D'autant que l'avantage des batteries pour les véhicules électriques est qu'elles peuvent servir dans une deuxième vie comme stockage d'électricité pour les particuliers.

L'autre système est le power to gas, qui consiste à faire l'électrolyse de l'eau quand il y a trop d'électricité renouvelable à certaines heures. Comme on ne sait pas la stocker autrement qu'en stockant de l'eau – c'est le rôle des barrages –, passer par l'hydrogène constitue une solution. Celui-là peut être injecté dans une certaine proportion dans le réseau de gaz ou être utilisé pour d'autres usages, par exemple pour la mobilité. D'aucuns pensent ainsi qu'il y a un avenir pour les véhicules à hydrogène. Un arbitrage politique sera important à effectuer dans le futur – j'ignore s'il le sera par le politique ou par le marché. Il y aura trois systèmes principaux : le véhicule électrique, le véhicule à gaz naturel, et le véhicule à hydrogène. Il existe déjà des trains à hydrogène, et l'on peut concevoir qu'il y ait de la place pour le véhicule à hydrogène. Reste à savoir quelle sera la part de marché de chacun des trois systèmes. Si je devais me prononcer, sans être devin dans ce domaine, je dirais que le véhicule électrique devrait s'imposer pour des raisons de facilité. C'est aussi lui qui fait actuellement l'objet d'investissements, notamment en Asie. En tout état de cause, il est important d'être conscient de la nécessité de faire du stockage.

Lorsqu'on étudie de façon plus générale la politique énergétique et l'insertion des renouvelables par rapport aux autres énergies, il faut aussi avoir conscience que, dans l'électricité aujourd'hui, on oppose un peu les énergies intermittentes – dites non-pilotables, car elles produisent quand il y a du soleil ou du vent – et les centrales pilotables, c'est-à-dire que l'on peut appeler quand on en a besoin, si l'on parvient à stocker.

Il faut aussi tenir compte d'autres facteurs, comme l'empreinte carbone. Cela impose de savoir d'où viennent les équipements. S'ils sont fabriqués en Asie à partir d'électricité carbonée et si l'on doit les transporter, le bilan carbone n'est pas très bon. Il importe donc d'avoir une vision d'ensemble, dite d'analyse du cycle de vie (ACV), et de tenir compte des impacts industriels, y compris, de façon indirecte, les emplois concernés. On peut aussi parler de la dépendance à l'égard de certains métaux et terres rares même si, à mon avis, cet élément n'est pas déterminant. Leur fourniture est actuellement largement dominée par la Chine – qui a fait beaucoup de dumping –, mais il existe un potentiel non négligeable un peu partout dans le monde. C'est plutôt une question de prix. Si l'on en a besoin, on saura aller en chercher. Enfin, un autre point important est le coût de l'intermittence. En l'occurrence, je considère que l'effort doit porter sur le coût du stockage.

Pour terminer mon propos, je serais tenté de considérer qu'il y a de la place pour un potentiel d'électricité renouvelable à côté de l'énergie nucléaire. Il faut bien avoir conscience que lorsqu'on remplace de l'électricité nucléaire par de l'électricité renouvelable, cela ne change rien sur le plan du bilan carbone. Et pour cause : on remplace du décarboné par du décarboné. Je pense donc que l'atout de la France reste son parc nucléaire qui, à l'horizon 2035, doit couvrir environ 50 % de la production d'électricité.

Je pense aussi que la grande révolution industrielle que l'on attend sera celle du stockage.

Une autre question se posera nécessairement aux économistes et aux politiques : celle de l'arbitrage entre les grands réseaux interconnectés et les petits réseaux locaux. Aujourd'hui, il est tentant de favoriser les microgrids, qui permettront à chacun de produire de l'électricité dans son coin et de la diffuser au travers de blockchains. Mais il ne faut pas perdre de vue que les grands réseaux interconnectés à l'échelle européenne, et peut-être demain à l'échelle mondiale, ont aussi des vertus – ne serait-ce que celle du foisonnement : la puissance installée sur le réseau est nettement inférieure à la somme des puissances locales. En effet, tout le monde n'appelle pas le réseau au même moment et à pleine puissance. On joue donc sur la loi des grands nombres. On n'a pas besoin d'un réseau qui serait la somme de tous les contrats signés par tous les Français. Heureusement, parce que l'on tient compte du foisonnement, la puissance installée en France est très inférieure à la somme de toutes les puissances installées chez les particuliers et les industriels.

Enfin, et c'est peut-être le point le plus important, une vision industrielle des choix énergétiques est indispensable en particulier dans le domaine de l'électricité renouvelable même si l'on peut aussi l'avoir pour le nucléaire. Peut-être d'ailleurs que le fait de réduire un peu la voilure en matière de nucléaire est une opportunité, en fermant certaines centrales, d'en construire d'autres plus performantes. Le savoir-faire industriel français peut être valorisé, de ce point de vue, à la fois dans le domaine des renouvelables et dans celui du nucléaire.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Cette législature étant désormais achevée, les commentaires sont désactivés.
Vous pouvez commenter les travaux des nouveaux députés sur le NosDéputés.fr de la législature en cours.