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Intervention de Amiral Christophe Prazuck

Réunion du jeudi 3 octobre 2019 à 9h00
Commission de la défense nationale et des forces armées

Amiral Christophe Prazuck, chef d'état-major de la marine :

L'analyse de données massives et l'intelligence artificielle trouvent de nombreuses applications, dont certaines sont communes à toutes les administrations, voire à toutes les entreprises : je pense par exemple à l'analyse de données relatives aux ressources humaines, qui permet de mieux comprendre les mouvements, les sociologies et les réflexes des uns et des autres.

Autre application que j'ai évoquée : la maintenance prédictive. On enregistre en effet aujourd'hui des milliers et des milliers de données sur le Charles de Gaulle, notamment sur la manière dont les moteurs tournent : peut-on y discerner des symptômes d'usure ? Cette utilisation suppose cependant de disposer de lacs de données comme celui que nous créons sur ce même Charles-de-Gaulle.

Plusieurs questions se posent cependant : à qui appartiennent les données ? Dois-je les garder ou les faire héberger chez quelqu'un d'autre ? Dans ce cas, me faudra-t-il payer pour les récupérer ? Si je lance un appel d'offres, par exemple pour la maintenance de mes bateaux, mon hébergeur peut-il y soumissionner ? Doit-il partager ces données ? Ces applications concernent en effet tout le monde.

S'agissant de la partie navale, nous nous intéressons beaucoup, pour ce qui nous concerne, à la sécurité maritime. Des centaines de milliers de bateaux sont en permanence en mer. Certains utilisent des transpondeurs qui donnent leur position, d'autres les trafiquent. Il faut donc recouper leurs données avec des images satellites, ce qui représente un volume important de données qui doivent être analysées.

Vous avez certainement vu, sur internet, les images des avions arrivant en Europe et en repartant : on a l'impression de contempler un coeur qui bat. Des images équivalentes existent s'agissant des bateaux : elles donnent l'impression que le monde en est couvert. Or ces données publiques sont souvent redondantes et les pistes que l'on pourrait y suivre souvent masquées ou erronées : il faut donc les analyser plus finement.

L'analyse de données ouvertes ou fermées permettra, par exemple, de se rendre compte que s'approche de nos côtes un bateau peut-être impliqué dans une affaire de pollution maritime au large de l'Afrique du Sud, ou un autre, que l'on soupçonne de servir de bateau-mère dans un trafic de drogues. Tous ces cas de figure pourront ainsi être détectés, et de manière automatique, notamment grâce aux outils que nous sommes en train de mettre en oeuvre dans le cadre du projet ARTEMIS de la DGA et qui nous permettront de faire ressortir de tels signaux.

À côté des données non protégées, c'est-à-dire des données publiques, comme celles fournies par les transpondeurs, il y en a d'autres, plus protégées : ainsi les images fournies par certains satellites, qu'ils soient civils ou d'observation militaire. Je dispose également de données de renseignement que je ne souhaite évidemment pas partager avec tout le monde. Il me faut donc parvenir à organiser ce mille-feuille de données, puis grâce à des outils d'intelligence artificielle enrichis, produire des appréciations de situations de niveaux de confidentialités différents.

Sur les bateaux, l'intelligence artificielle permet de détecter plus loin, et donc de tirer un meilleur parti de nos équipements radar ou sonar afin de percevoir des corrélations ou des éléments que l'oeil humain n'aurait pas pu voir. Elle permet également — vous avez évoqué la veille collaborative navale — de voir à plusieurs, c'est-à-dire de construire par exemple une image en mettant en commun toutes les informations des radars de trois, quatre ou cinq bateaux.

Voir plus loin revient donc également à voir des objets se déplaçant plus rapidement, comme des missiles supersoniques, demain hypersoniques. Nous avons donc besoin de cette veille collaborative navale.

Pourquoi m'intéressé-je aux pseudo-satellites et aux gliders ? On range par exemple dans la première catégorie le planeur solaire, que nous voulions d'ailleurs expérimenter l'année dernière : il vole à 30 000 mètres d'altitude et peut rester des semaines en l'air. Il avance assez lentement, sa charge utile est assez faible, mais il va à la vitesse d'un bateau : il pourrait donc suivre une force navale, me servir, de façon assez discrète, de relais de télécommunications, mais aussi, de point d'observation afin de relever tous les transpondeurs, en voyant plus loin : ce peut être un outil moins onéreux, plus mobile et peut-être plus discret qu'un satellite. J'espère donc que nous pourrons assez rapidement tester ce type d'engins, qu'il s'agisse de ce planeur solaire ou du fameux ballon de très haute altitude, et les faire fonctionner au-dessus de nos bateaux, soit pour l'observation, soit pour servir de relais de communication.

Le glider est quant à lui un planeur sous-marin. Cela ressemble à une petite torpille, avec des ailes qui lui donnent un peu de portance : une fois rempli d'eau, il avance en descendant. Lorsqu'il a atteint le fond de l'océan, ou le niveau d'immersion demandée, il vide ses ballasts, il remonte, oriente ses ailes et peut de nouveau avancer. Nous avons commencé à l'utiliser pour faire de l'observation sous-marine. Un pilote d'avion a besoin de connaître la météo, de prévoir la présence de nuages, d'éclairs ou de vent afin de calculer sa trajectoire et vol en fonction de celle-ci ; de la même façon, pour les sous-marins, j'ai besoin de savoir ce qui se passe sous la mer. Lorsque nous allons à la plage, nous avons l'impression que dans la mer, la marée mise à part, tout est homogène : or ce n'est pas du tout le cas. L'océan est fait de collines, de promontoires, d'enfoncements ; et je ne parle pas du fond, mais des masses d'eau : elles sont très différentes, ce qui a d'ailleurs une influence considérable sur le climat. On peut se cacher, derrière ces masses d'eau, et devenir invisible au sonar. Cette connaissance intérieure de l'océan, j'ai besoin de l'enrichir en permanence Les observations par satellite, permettent de ne voir que la surface de l'océan. Il faut le compléter avec des observations in situ; un glider réalise une coupe de température et de salinité de l'océan, puis il remonte et, sitôt arrivé à la surface, il envoie un très court message par satellite et donne le résultat de ses observations sur les douze dernières heures.

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