Intervention de Josy Poueyto

Séance en hémicycle du mercredi 11 décembre 2019 à 15h00
Violences au sein de la famille — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJosy Poueyto :

Depuis le dépôt de cette proposition de loi en août dernier et son examen dans cet hémicycle début octobre, puis au Sénat il y a quelques semaines, le nombre de femmes tuées par leur compagnon ou ex-compagnon n'a cessé d'augmenter.

J'avais dit à cette tribune, en octobre dernier, l'émotion qui m'habitait en constatant que ce sujet était enfin traité à bras-le-corps. Après des années d'engagement militant auprès de femmes victimes de violences conjugales, j'ai senti un changement de perception dans la société, faisant naître un nouvel espoir. Nous avons souhaité répondre collectivement à ces attentes fortes.

À l'issue du Grenelle contre les violences conjugales, des mesures concrètes et immédiates ont été prises afin de mieux accompagner les victimes. Je pense notamment à la grille d'évaluation du danger, qui constituera, pour les forces de l'ordre, une aide précieuse pour évaluer la dangerosité de la situation. À cet égard, je tiens à le redire, il importe que le réseau associatif et nos forces de police et de gendarmerie tissent des liens, afin d'améliorer l'écoute et la prise en charge dues aux victimes de violences conjugales.

La proposition de loi que vous avez défendue en parallèle du Grenelle, monsieur le rapporteur, s'inscrit dans la même logique d'efficacité, puisqu'elle permettra enfin le recours au bracelet anti-rapprochement, outil réclamé par de nombreuses associations et professionnels du droit. Ceux-ci soulignent à raison qu'il a fait la preuve de son efficacité dans les pays qui l'ont mis en place.

Compte tenu des enjeux et de l'urgence qui s'attache à y apporter des réponses concrètes, il est heureux que l'Assemblée nationale et le Sénat aient réussi à s'accorder sur cette proposition de loi et à élaborer un texte de compromis au cours de la commission mixte paritaire, à laquelle je n'ai malheureusement pas pu participer. Cet accord permettra au texte d'être adopté avant la fin de l'année et de produire ainsi ses effets dans les meilleurs délais.

Je souhaite néanmoins évoquer l'article 2 quinquies du texte soumis aujourd'hui à notre approbation. Le Sénat avait introduit, dans cet article, une demande de rapport relatif à l'exercice de l'autorité parentale et à la possibilité de son retrait automatique en cas de violences. La CMP a transformé cette demande d'information en dispositions substantielles.

Sur le fond, notre groupe a, par principe, des réserves à l'égard des mesures automatiques en droit pénal, a fortiori lorsqu'elles sont prononcées de manière pré-sentencielle. Nous préférons faire confiance au juge, quitte à renforcer les outils à sa disposition.

Certes, le Premier ministre avait fait, en ouverture du Grenelle contre les violences conjugales, des annonces concernant cette disposition, promesse réitérée à l'issue du Grenelle. Toutefois, nous considérons que les annonces de l'exécutif n'exonèrent pas le Parlement d'un vrai travail ; nous aurions souhaité que cette disposition fasse l'objet d'auditions, d'un rapport, d'un débat approfondi, et bénéficie de la navette parlementaire.

Néanmoins, nous en prenons acte, et souhaitons apporter notre soutien à ce texte nécessaire. Nous sommes évidemment très favorables au renforcement de l'ordonnance de protection et des pouvoirs du juge aux affaires familiales. Ce texte nous donne l'occasion de mieux faire connaître cet outil et de renforcer la complémentarité entre les volets pénal et civil en matière de violences conjugales.

De même, la proposition de loi facilitera le recours au téléphone grave danger : celui-ci pourra désormais être sollicité par tout moyen, y compris par la victime ou son avocat, et c'est une bonne chose.

Les dispositions relatives au logement et les expérimentations prévues à l'article 7 constituent elles aussi un progrès et me tiennent particulièrement à coeur : elles visent à favoriser la mise à l'abri des victimes et à leur permettre de se reconstruire.

En conclusion, le groupe du Mouvement démocrate et apparentés votera ce texte, afin d'offrir des outils juridiques nouveaux à toutes celles et tous ceux qui ont besoin et de les protéger efficacement contre les violences.

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