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Intervention de Fabienne Barboza

Réunion du mardi 3 décembre 2019 à 17h30
Commission des affaires sociales

Fabienne Barboza :

Vous trouvez du sens dans ce que vous faites et c'est également mon cas, comme toutes mes collègues. Toutes les personnes qui restent aiment vraiment aider. Tout le monde ne peut pas être médecin, tout le monde ne peut pas être auxiliaire de vie ou aide-soignant. Si ce n'est pas une vocation, on ne reste pas. Les grandes surfaces, les industries paient leurs employés 20 % de plus ; certains vont y travailler puis reviennent.

Autre problème qui se pose et que j'ai déjà souligné : l'orientation. La première chose que l'on vous dit à Pôle emploi, c'est d'aller travailler dans le secteur de l'aide à domicile, où il y a du travail. Or tout le monde ne le peut pas ! On ne peut pas demander à quelqu'un d'aller s'occuper d'une personne simplement parce qu'il n'a pas de travail. On oublie de lui dire qu'il sera confronté à la mort, aux odeurs, au vomi, à la souffrance, à la douleur. S'il n'est pas préparé, s'il n'aime pas aider, il ne peut pas exercer ce métier. Tout le monde ne peut pas se réveiller à 6 heures du matin, être à son travail à 6 heures 30 ou 7 heures, ouvrir une porte et être confronté à toutes les odeurs, au vomi ou à un cadavre ! Il faut vraiment aimer ce métier pour partir et toujours revenir. Il faut être suivi par une psychologue ou participer à un groupe de parole.

J'espère que vous nous permettrez de disposer de voitures vertes. Tout le monde n'habite pas en ville. Je n'ai, quant à moi, pas toujours travaillé en milieu urbain. Des personnes habitent dans des lieux très éloignés où il est difficile de se déplacer. Or la plupart des auxiliaires de vie n'ont pas les moyens de s'acheter une voiture neuve. Nous circulons dans des voitures d'occasion qui sont parfois à l'agonie. Lorsque la voiture est en panne, que devons-nous faire pour ne pas perdre d'argent ? Nous mettre en arrêt maladie ! Certaines auxiliaires de vie ou aides-soignantes se mettent aussi en arrêt maladie parce que leur enfant est malade et que personne ne peut le garder. Si elles ne travaillent pas, on leur enlève leurs heures. Elles ne touchent déjà pas beaucoup, et si leur salaire est amputé, il ne leur reste rien.

M. Belhaddad a évoqué les conventions collectives. J'espère que vous nous aiderez à atteindre le niveau du SMIC parce que rien n'est plus dur que de travailler pour n'avoir rien dans son frigo le 3 du mois et de ne pas pouvoir nourrir ses enfants. Lorsqu'il fait froid, ne pas pouvoir s'acheter une nouvelle paire de chaussures, c'est très frustrant et blessant. Avoir à travailler un mois pendant deux, trois, quatre ou vingt heures par semaine, c'est irrespectueux.

Lorsque vous arrivez chez la personne, les familles sont là et vous demandent de faire ceci et cela. Lorsque vous ne vous sentez pas bien, votre patron vous demande de rester parce que les heures doivent être faites. Aujourd'hui, ce qu'il faut, c'est que le chiffre d'affaires ne baisse pas. On nous laisse en souffrance avec 700 ou 750 euros. Or ce n'est pas possible de vivre ainsi ; on ne peut rien faire et les gens continueront à se plaindre. Ce métier ne sera pas attractif tant que l'on continuera à travailler pour une misère. On préfèrera fuir, s'inscrire au chômage et dormir à la maison puisque l'on gagnera plus qu'en se levant pour aller travailler pendant un mois.

Je vous remercie de m'avoir écoutée. Je ne tarderai pas à vous quitter, mais peut-être aurai-je l'occasion, un jour, de m'occuper de l'un d'entre vous, ou de l'un de vos parents – le plus tard possible !

Si nous continuons à exercer ce métier, c'est que nous l'adorons, mais payez-nous mieux, valorisez-nous ! Nous-mêmes voulons changer notre regard sur nous. Nous aimerions que vous changiez aussi le vôtre. Nous ne sommes pas « que » : nous sommes des auxiliaires de vie, nous sommes des aides-soignants, nous nous occupons des autres. J'entends dire partout : prenez soin de ceux qui prennent soin des autres ! Je dirais plutôt : aimez notre métier, découvrez-le, venez voir ce qu'il en est ! Ne demandez pas seulement si l'on s'est occupé de votre père ou si votre mère a mangé ! Passez un peu de temps avec nous, si vous le pouvez, et pas seulement avec des directeurs qui vous parleront des problèmes de recrutement ! Passez une matinée ou un après-midi avec une auxiliaire de vie ou une aide-soignante, afin de savoir vraiment ce qu'est ce métier. Après, vous pourrez vous faire votre propre idée ; vous pourrez évaluer les difficultés et les avantages de cette profession !

Chez Alenvi, l'aspect culturel compte beaucoup. Nous savons que les personnes veulent se rendre au musée, qu'elles ont des plaisirs, qu'elles sont amoureuses après soixante-dix ans de mariage, qu'elles vont au cinéma, au théâtre, aux concerts. Je travaille pour une personne de 93 ans qui écrit des livres consacrés à l'île Seguin, à la Samaritaine ; elle conduit, elle fait tout toute seule. Nous ne faisons pas que des actes techniques, l'aspect culturel nourrit le désir, et il est toujours là !

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