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Intervention de Danièle Obono

Réunion du mercredi 12 février 2020 à 15h05
Commission des affaires européennes

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaDanièle Obono :

Le pacte vert présenté par la nouvelle Commission présidée par Mme von des Leyen promet au continent européen un bilan climatique neutre en 2050. Cet engagement est censé être tenu sans rien changer fondamentalement au système économique actuel : ni les modes de production, ni les modes de consommation, ni les modes d'échanges. Malgré les ambitions que l'on peut partager, je crois que cette stratégie est un leurre.

Le vote, aujourd'hui, du premier accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Vietnam est éclairant. Cet accord prévoit l'élimination quasi complète des droits de douane entre les deux parties. 65 % des droits sur les exportations de l'Union européenne vers le Vietnam disparaîtront dès l'entrée en vigueur de l'accord, les droits restants étant progressivement supprimés sur une période qui n'excédera pas dix ans.

Or augmenter le libre-échange signifie augmenter les transports maritimes, c'est-à-dire augmenter la pollution à l'oxyde de soufre, augmenter la production de plastique, encourager la course à l'obsolescence programmée des biens. Je rappelle que 600 000 tonnes de plastique sont déversées chaque année dans la Méditerranée, pourtant réserve unique de biodiversité.

Selon une étude de la Commission de 2013, à long terme, l'accord qui vient d'être voté au Parlement européen va orienter l'économie vietnamienne vers la production et l'exportation massive de produits à bas coûts, en premier lieu textiles. L'industrie textile est la seconde industrie la plus polluante au monde. Il faut 7 500 litres d'eau pour fabriquer un jean, c'est-à-dire l'équivalent de sept années d'eau bue par un être humain. Il faut également beaucoup de polyester, c'est-à-dire beaucoup de pétrole, et l'utilisation de produits chimiques dangereux déversés dans la nature. Ce sont principalement les ouvriers et ouvrières du sud – 12 % de l'emploi industriel est concerné au Vietnam en 2018 – qui sont les premières victimes en étant exposés à ces produits chimiques. Ils sont également surexploités, avec des salaires de misère, et les productions issues de cette industrie viennent augmenter les quantités de déchets. Une personne d'Amérique du Nord achète en moyenne 16 kg de vêtements par an, un européen 12 kg.

N'y a-t-il pas selon vous une contradiction majeure entre ce vote en faveur de l'accord de libre-échange et le pacte vert ? La communication de la Commission assure qu'il y aura des clauses sociales et environnementales, mais on peut douter de sa capacité à garantir le respect des droits humains au Vietnam quand on voit les difficultés que nous avons à les faire respecter au sein même de l'Union européenne, comme en Hongrie, dans les camps de réfugiés ou en mer Méditerranée.

Pensez-vous réellement qu'en se satisfaisant de « verdir » les politiques actuelles, en orientant le pacte vert européen uniquement vers la finance verte, nous ferons réellement face au changement climatique et à la nécessité de changer fondamentalement nos pratiques industrielles et productives ?

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