Intervention de Jean-Christophe Lagarde

Séance en hémicycle du vendredi 20 novembre 2020 à 21h00
Sécurité globale — Article 23

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Christophe Lagarde :

Je partage entièrement le diagnostic du ministre de l'intérieur et je me réjouis de l'entendre, car, depuis vingt ou vingt-cinq ans, la démagogie sur la création des places de prison est telle qu'il convient de revenir à la réalité.

En m'exprimant sur cet amendement, je souhaite combattre trois idées fausses.

J'ai entendu la première tout à l'heure et elle me choque. L'agression d'un citoyen est évidemment inacceptable, inqualifiable et condamnable. Mais mettre sur un pied d'égalité l'agression d'un citoyen et celle d'un détenteur de l'autorité publique revient à nier la République. Il convient d'opérer une distinction, car ce n'est pas une personne qui est agressée, mais une fonction publique – dont vous nous parlez souvent – , laquelle est au service de tous. L'agression d'un fonctionnaire est donc celle de l'ensemble du pays, quel que soit le degré d'ignominie du crime. Je le dis parce que j'ai entendu des comparaisons. « Comparaison n'est pas raison », me direz-vous, mais, je le répète, l'agression d'un agent de la fonction publique ne constitue pas un crime équivalant à l'agression d'un individu à titre personnel.

La deuxième chose que je conteste est l'idée de la réduction automatique de peine. J'estime en effet que la réduction de peine doit être fondée sur l'effort du détenu en vue de sa réinsertion. Il est vrai que le système carcéral français, en raison de la surpopulation ou encore du manque d'accompagnement social, est totalement insatisfaisant, mais c'est bien l'effort en vue de la réinsertion qui doit conditionner la réduction de la peine et certainement pas l'ancienneté.

L'analogie avec la fonction publique est possible. Quand dix années se sont écoulées, même si on n'a pas travaillé suffisamment bien ou fourni assez d'efforts, on obtient un avancement. En la matière, je considère que le système français est contestable. Dans le cas qui nous occupe, il me semble que, plus qu'aujourd'hui, l'effort et la bonne conduite devraient entraîner la réduction de peine dont le caractère automatique est à mon sens discutable.

Enfin, j'ai entendu M. Saulignac, au nom du groupe Socialistes et apparentés, nous expliquer qu'on peut toujours alourdir les peines ou limiter les réductions, mais que cela n'aura pas d'effet dissuasif. Croyez-vous, cher collègue, que beaucoup de braqueurs ou de trafiquants de drogue savent quelle peine ils encourent pour leurs crimes ? La peine a vocation à être dissuasive mais, vous avez sans doute raison, elle ne l'est pas souvent. Est-ce pour autant une raison pour qu'il n'y en ait plus ?

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