Intervention de Rémy Challe

Réunion du mercredi 23 septembre 2020 à 9h30
Commission des affaires culturelles et de l'éducation

Rémy Challe, directeur général d'EdTech France :

Je suis le directeur général de l'association EdTech France qui a été créée en 2018 et qui fédère plus de 300 entreprises de la filière dite EdTech, laquelle regroupe les entreprises qui mettent une expérience technologique au service d'une expérience d'apprentissage à l'école, à l'université ou dans un contexte de formation professionnelle. Ces 300 entreprises représentent la diversité de la filière en termes de taille et de maturité avec de jeunes pousses, des entreprises ayant une vingtaine d'années, puisque le numérique éducatif a émergé au début des années 2000, et des entreprises comme OpenClassrooms qui ont déjà réalisé des levées de fonds importantes, bien que ces dernières soient rares.

Le marché se décompose en trois segments, à savoir l'enseignement scolaire, l'enseignement supérieur et la formation professionnelle et continue. L'étude réalisée avec le cabinet de stratégie EY Parthenon a estimé le poids de la filière française à 650 millions d'euros, avec 120 millions d'euros consacrés à l'enseignement scolaire, dont moins d'un tiers est dédié à l'enseignement scolaire public. En effet, ce montant intègre le BtoC, à savoir les entreprises qui travaillent directement avec le consommateur, en l'occurrence les jeunes et leurs parents, notamment dans le cadre du soutien scolaire ou d'offres périscolaires et ludo-éducatives. Nous proposons également une grande diversité d'outils, de solutions et d'applications.

J'ai pris mes fonctions en novembre 2018 après avoir enseigné durant de nombreuses années dans l'enseignement supérieur et j'ai dirigé une grande école de management. Je suis arrivée au sein de la filière EdTech sans connaître les freins et les enjeux du secteur du numérique éducatif. Pour les découvrir, j'ai visionné une audition de Benjamin Viaud, président d'EdTech France et j'ai constaté que ses propos demeurent actuels. En effet, deux ans plus tard, nous en sommes à peu près au même point alors que depuis la filière s'est structurée et qu'une pandémie a contraint les enfants à rester à domicile. La plupart des freins persistent et les bonzaïs n'ont pas beaucoup grandi. Face à l'absence de marché, une partie de l'offre s'est tarie et le segment de l'enseignement scolaire offre peu d'innovations faute de débouchés pour les entrepreneurs.

Parmi les freins, j'identifie d'abord un aspect structurel. Les procédures d'achat sont complexes. L'utilisateur, à savoir l'enseignant et l'établissement, n'est pas le payeur puisque ce rôle revient à la collectivité, laquelle diffère s'agissant d'une école élémentaire, d'un collège ou d'un lycée, ce qui engendre des inégalités territoriales. Les freins sont également culturels avec une méfiance à l'égard du numérique. Le confinement a accéléré les usages et le regard porté sur le numérique au service de l'éducation a évolué. Mais cette méfiance persiste parfois, méfiance qui existe également vis-à-vis du secteur privé. Ma famille proche travaille dans l'enseignement au sein de l'Éducation nationale. Lorsque j'ai commencé à travailler dans le privé, j'ai craint que ma mère ne le supporte pas. J'ai grandi dans cet esprit. Enfant, j'ai le souvenir d'être allé manifester contre le projet de loi Devaquet.

En travaillant au sein d'écoles de commerce privées, j'ai pris conscience que ce que nous faisions était utile et avait un sens, et j'étais assez fier du travail que nous effectuions avec les jeunes. Je comprends néanmoins cette méfiance et l'argument selon lequel l'éducation n'est pas un marché, ce qui revient à oublier un peu vite que les manuels scolaires, les tables et les calculatrices ne sont pas fabriqués par des ONG. Le procès qui est fait aux entreprises EdTech me semble d'autant plus injuste que la plupart des entrepreneurs de cette filière que je côtoie quotidiennement sont d'anciens enseignants ou des enfants d'enseignants. L'immense majorité d'entre eux partagent les valeurs et ne se sont pas orientés vers la FinTech. Ils pensent que le numérique peut améliorer l'expérience d'apprentissage et que notre pays mériterait un système éducatif plus performant auquel le numérique peut contribuer.

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