Intervention de Roland Desbordes

Réunion du jeudi 5 avril 2018 à 10h30
Commission d'enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires

Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) :

Pour une population donnée, l'exposition à une dose de 1 millisievert provoque un certain nombre de pathologies, de morts ; si la dose est de 2 millisieverts, il y en aura deux fois plus. C'est tout ! C'est ce qui est écrit dans le code de la santé publique, dans les directives européennes et dans les recommandations de la Commission internationale de protection radiologique. La relation linéaire sans seuil est la plus probable. Les scientifiques sont prudents car, dans le domaine biologique, médical, on n'a pas de certitude absolue.

Quant au risque sismique, j'ignore, car ce n'est pas mon domaine de compétence, s'il en est tenu compte pour la fixation de la limite de la teneur en carbone. Celle-ci est surtout appréciée en fonction de problèmes internes, c'est-à-dire des chocs thermiques ou des pressions.

Par ailleurs, vous avez raison, le générateur de vapeur comporte bien une partie correspondant au circuit secondaire et une autre correspondant au circuit primaire. Mais les deux circuits ne sont pas totalement étanches puisqu'un taux de fissure des tubes est toléré. N'étant pas, je le répète, spécialiste de ces questions, je n'ai pas de connaissances qui me permettraient de dire que cela pose un problème particulier. Ce que je sais, c'est que le taux de fuite se mesure au niveau de radioactivité présent dans le circuit secondaire. Si l'étanchéité est parfaite, il est de zéro. S'il est supérieur à zéro, c'est qu'il existe une fissure. Dans ce cas, la procédure consiste, durant les arrêts de tranche, soit à boucher les tubes défectueux, soit à changer le générateur de vapeur.

Il est vrai qu'aujourd'hui, nous sommes au courant de beaucoup de choses. En 1986, lorsque la CRIIRAD a été créé, nous avions beaucoup de mal à obtenir des informations. Mais, si les choses ont changé, tous les problèmes sont-ils pour autant réglés ? En tout cas, on risque de mettre en route, avec l'EPR, un réacteur d'une très grande puissance, qui est un prototype – au sujet duquel il existe donc beaucoup d'incertitudes – et dont on sait que certaines pièces sont non conformes. Je ne suis pas certain que, dans l'aéronautique ou dans toute autre industrie à risque, on traiterait la question de cette manière. Voilà ce qui m'inquiète.

Évidemment, après Fukushima, l'ASN a totalement changé de discours quant à la possibilité qu'un accident survienne. Pour son président, en effet – et cela m'a beaucoup surpris –, ce qui était impossible est arrivé et peut donc se reproduire. Sur le terrain, des choses se sont passées, mais cela n'a pas empêché – je l'ai évoqué dans mon introduction car c'est pour moi exemplaire – la déroute de l'EPR de se poursuivre, en 2012, 2013, 2014... L'ASN a peut-être tenté de redresser la barre, mais elle n'y est pas parvenue : à preuve, l'EPR a été entièrement monté alors que l'on sait que beaucoup de pièces sont non conformes.

Ai-je des preuves des négociations ? Évidemment, non : elles ne se passent pas au grand jour. Ce que je sais, c'est qu'en dehors des réunions, des inspecteurs de l'ASN, que je côtoie et que j'apprécie, cherchent à se justifier en disant qu'ils auraient souhaité que l'exploitant réalise tels travaux mais qu'ils ne sont pas parvenus à l'obtenir. Voilà ce que j'entends. S'agit-il d'éléments essentiels pour la sûreté ? Il est difficile de le savoir. Prenons l'exemple de l'usine d'Orano de Romans-sur-Isère, qui fabrique les combustibles. Cette usine comprend un atelier qui fabrique les combustibles destinés à la recherche et aux sous-marins nucléaires, donc hautement enrichis. Depuis très longtemps, bien avant Fukushima, l'Autorité de sûreté nucléaire estimait que cet atelier, où le risque de criticité est très élevé, devait faire l'objet de travaux. Elle a insisté à nouveau et Orano a accepté de les réaliser. Mais l'atelier est arrêté pour un an ! Il s'agit donc de travaux considérables. On a eu de la chance : jusqu'à présent, il ne s'est rien passé… Mais, en tant que citoyen et riverain de cette usine, j'aimerais avoir davantage de garanties.

Par ailleurs, depuis 1989, date à laquelle notre réseau de surveillance de la radioactivité de l'air a été installé, nous n'avons pas eu à gérer une situation de crise de type Tchernobyl et nous n'avons pas non plus décelé de radioactivité dans l'air de la vallée du Rhône. C'est donc très rassurant. C'est en cela que ce réseau est utile car, souvent, lorsque les gens entendent parler d'un problème – il a ainsi beaucoup été question de ruthénium –, ils appellent la CRIIRAD en disant qu'ils n'osent plus sortir avec leurs enfants. Grâce à notre réseau, nous avons pu leur garantir que nous n'étions pas concernés. À deux reprises, nous avons détecté un taux de radioactivité sans que ce soit une catastrophe ou que cela présente un risque sanitaire – chez nous, en tout cas. La première fois, à la fin des années 1990, un accident s'était produit à Algesiras, en Espagne : une source de césium, qui avait été refondue dans une fonderie, s'était volatilisée. Les autorités espagnoles n'avaient rien dit et les autorités françaises n'étaient pas au courant. Nous avons donc été les premiers à dire qu'il s'était passé quelque chose et que le problème venait d'Espagne. La seconde fois, c'est après Fukushima. Nous avons détecté une toute petite quantité de radioactivité en provenance du Japon.

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