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Intervention de Philippe Wahl

Réunion du mercredi 29 janvier 2020 à 9h30
Commission des affaires économiques

Philippe Wahl, président-directeur général de La Poste :

Le métier historique du facteur est évidemment chamboulé. Je vais même plus loin : nous changeons la journée professionnelle du facteur. Le flux dominant n'étant plus la lettre qui arrivait très tôt, mais le colis qui arrive beaucoup plus tard, on déplace nécessairement la journée de travail. Cela peut être difficile, bien sûr. L'enjeu consiste à négocier cette évolution avec les syndicats et à l'expliquer aux facteurs, pour obtenir leur compréhension et les associer à la définition de leur nouveau métier. Nous avons dépensé énormément d'énergie et d'argent pour cette formation. Les nouveaux métiers, j'ai conclu mon propos liminaire par cela, constituent un enjeu absolument fondamental. Nous poursuivrons notre aide à cette reconversion. Nous continuons, d'ailleurs, à recruter des facteurs. Et pour cause, lorsque le facteur de Bagnères-de-Bigorre part à la retraite, il ne peut pas être représenté par celui de Saint-Étienne… Nous avons un réseau qu'il faut tenir, en essayant de trouver les bonnes formes d'emploi pour le faire. C'est un enjeu absolument fondamental.

J'en viens à la distribution six jours sur sept. C'est ma priorité en matière de service universel postal. Vous avez été plusieurs à m'interroger à ce propos. Nous devrons faire évoluer le service universel postal, mais ma priorité vise à conserver la fréquence de six jours sur sept. D'abord, parce que vous-mêmes, nos clients et tous les territoires y sont très attachés. Ensuite, parce que si nous mettons en avant la puissance de la proximité, il ne faut pas la casser. Comment distribuer des repas à domicile si, comme la poste belge, nous ne passons plus qu'un jour sur deux ? C'est impossible ! Il y aurait là une contradiction stratégique. C'est la raison pour laquelle il est si important de maintenir cette fréquence.

Par ailleurs, nous continuerons à nous développer dans les services à domicile et les services de proximité. J'ai observé un fort soutien de votre part en ce sens, et je vous en remercie. L'enjeu est de taille. Le relever ne sera pas chose aisée. Nous devrons notamment être capables, avec vous d'ailleurs et avec les maires, de nouer des partenariats stratégiques avec les associations. Il ne faut pas que La Poste arrive en terrain conquis. Il convient que, territoire par territoire, elle parvienne à s'intégrer avec les collectivités locales et les associations. Nous nous efforçons de le faire. Évidemment, nous nous tenons à la disposition de tous les CCAS de France. À Nice, l'opération que j'évoquais est passée par le CCAS.

Enfin, nos investissements dans le numérique ont été considérables. Ainsi, depuis quatre ans, nous avons investi plus de 300 millions d'euros dans la branche numérique dont le chiffre d'affaires dépasse 800 millions. J'ajoute que nous avons intégré la start-up grenobloise ProbaYes, spécialisée dans l'intelligence artificielle. Nous poursuivrons dans cette voie.

Comment répondre aux géants du numérique ? En offrant la meilleure qualité possible, au coût le plus faible possible, en étant décarboné, mais aussi en comptant sur le soutien des politiques publiques. Toutefois, Amazon est notre premier client et je ne peux pas ignorer qu'il nous adresse des centaines de millions de colis. Une compétition avec son premier client est une situation assez neuve dans l'économie industrielle, mais les postiers en ont vu d'autres !

Par ailleurs, je l'ai dit moi-même, il arrive que les réorganisations – qui sont inévitables et nécessaires compte tenu de la baisse des volumes – soient difficiles. Nous nous en sortons en négociant avec les syndicats et en avertissant les élus. Une remise en cause de la distribution sans avoir prévenu les élus et sans préavis serait une erreur professionnelle de notre part. Nous ne pouvons conserver notre rôle à vos côtés dans les territoires que si vous êtes des partenaires. Or les partenaires, on les prévient avant de changer les horaires ou les localisations.

Une autre de vos questions contient sa réponse : comment le seul musée postal rural pourrait-il se trouver en dehors d'un bureau de poste ? Madame la députée, vous avez fourni vous-même la réponse ! Nous essayerons de nous attacher à la confirmer.

Plusieurs de vos questions ou remarques portaient sur la dispersion des activités de La Poste. Je voudrais revenir à ce sujet, car il est stratégiquement très important. Je ne sais pas ce qu'est la dispersion. Ce que je sais, en revanche, c'est que pas une activité ne produira à elle seule un chiffre d'affaires de 7 milliards d'euros. J'en serais ravi, mais cela n'existe pas. Je serais ravi, Mesdames et Messieurs les députés, que la livraison de repas à domicile représente 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires et que nous en prenions le contrôle ! Ce n'est pas la réalité. Aussi proposerons-nous différents services à domicile, certains relevant de la santé, d'autres à destination des jeunes, mais aussi de l'inclusion numérique et de la livraison de repas. Il ne s'agit pas d'être dispersé, mais nous devons nous diversifier. Nous nous concentrerons sur les services de proximité humaine. Mais, malheureusement, il n'existe pas d'activité massive à même de répondre à nos besoins.

Notre rôle vis-à-vis des personnes âgées se traduit au travers des visites, de la livraison de médicaments mais aussi de pain. Nous le faisons déjà, dans certains cas. Il faut simplement que le boulanger prévoie que ce ne soit pas gratuit – je passe là un sujet subliminal ! En tout cas, nous sommes prêts à livrer des produits alimentaires. Notre rôle peut aussi consister à installer de l'équipement médical à domicile, lequel commence par la livraison d'un carton. Or la livraison de cartons partout en France, c'est notre métier ! Enfin, et c'est le professeur Vellas lui-même qui le dit, le lien social est un élément clé pour la prévention des risques du grand âge. Nous y sommes totalement engagés.

Monsieur Di Filippo, vous avez mentionné le nom anglais de Ma French Bank. Je me souviens avoir déjà recueilli votre courroux lors de ma précédente audition ! Je dois vous indiquer que le choix fait par nos équipes de marketing m'avait surpris, comme vous. La seule réponse est le succès : après six mois, nous comptons 100 000 clients jeunes, beaucoup plus jeunes que la moyenne de notre clientèle. Visiblement, ils ont aimé ce nom. Ce qui compte, c'est que cela plaise à nos clients, même si cela ne nous plaît pas complètement à vous et moi…

Monsieur Travert, concernant l'élargissement de la CDPPT aux parlementaires, nous ne connaissions auparavant pas le problème que vous évoquez, en raison du cumul des mandats. En effet, à travers votre représentation dans les régions, les départements et les municipalités, ces commissions comptaient toujours un ou deux sénateurs. Mais ce sujet, Monsieur le ministre, ne dépend pas du tout de moi ! Pour ma part, je suis favorable à ce qu'il y ait le plus d'élus, les plus investis possible. Je suis donc tenté de vous dire « à vous de jouer ! ».

Monsieur Cinieri, vous avez parlé à raison des problèmes que nous rencontrons concernant la rotation des facteurs. Ils existent. Mais nous devons tous prendre conscience que nous peinons parfois à recruter des titulaires. C'est la raison pour laquelle nous recourons au CDD ou à l'intérim. Je le rappelle, nous avons 46 000 tournées à gérer. Nous essayons de faire au mieux. Je reviens également sur la proposition de M. Travert. Plus nous avons de relations avec vous, mieux nous pouvons réagir – et plus nous pouvons vous alerter sur des cas difficiles.

Cette année, « Veiller sur mes parents » a permis de déclencher 2 000 visites des services d'urgence chez des personnes âgées. Nous sommes donc bien là où vous nous attendez.

J'ajoute, pour répondre à Mme Rabault, que je crois savoir que la Caisse des dépôts et consignations versera en effet 1 milliard d'euros. Mais, Madame la députée, ce n'est pas l'affaire du président de La Poste. Je suis ravi que mes deux actionnaires s'entendent bien et me fassent confiance en apportant 6 milliards d'euros de capital. Je me suis permis de vous dire de manière subliminale que le groupe aurait encore besoin d'augmentations de capital dans les cinq ans à venir pour transformer son modèle. Pour le reste, l'État et la Caisse des dépôts et consignations gèrent leurs relations. Dans cette discussion entre eux, je m'efforce de me tenir assez éloigné tout en restant attentif à leur harmonie – et comme elle règne aujourd'hui, je suis heureux.

Enfin, la branche numérique enregistre 800 millions d'euros de chiffre d'affaires, donc bien plus que la part de 0,1 % que vous avez évoquée, Mme Degois.

En conclusion, ma vision est celle d'une Poste puissante dans sa proximité humaine et digitale, au service de millions de personnes et des missions de service public que vous lui confiez, pour aborder son septième siècle d'histoire dans les meilleures conditions possibles. La Poste ne fonctionne que grâce à des femmes et des hommes très engagés, exceptionnels sur le terrain tous les jours : les postières et les postiers.

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